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En place publique
Blandine

Tu m'as d'abord dit que j'étais mal habillée et là j'ai compris que je n'aurais pas dû mettre cette chemise ancienne parce qu'elle était en lambeaux mais tu ne m'as pas laissé le temps de trouver d'autres vêtements. Et mes cheveux longs et noirs flottaient au vent.

Tu m'as tiré par le bras et comme tu marchais vite et que j'étais pieds nus, je n'arrivais pas à te suivre. Je devinais où tu m'emmenais à la force de ta colère de mari bafoué et j'avais peur parce que je sentais que j'aurais mal de ton fouet et de leurs regards.

Les cloches ont sonné trois coups et tous savent ici que cela annonce une fessée publique. Alors ils accourent sur la place du marché, curieux de voir qui sera punie. Alors ils attendent, les yeux exorbités par l'idée, la gorge déjà sèche et le sexe prêt à se rassasier de ce spectacle gratuit.

Tu traînes ma peur et ma honte sur l'estrade et dès que j'y suis arrivée j'entends leur murmure et je sens leur haleine sur mes chevilles. Tu ramasses les cordes qui jonchent le sol et tu m'attaches sur un chevalet de bois et tu sers fort pour que je ne puisse pas échapper à ma punition.

Mes pieds et poings liés, tu caresses mon dos d'un grand fouet noir et puis brusquement un terrible sifflement déchire l'air et mes fesses. Je sais que je ne peux hurler ma bouche bâillonnée d'un morceau de drap. Je sais que je ne peux bouger tellement bien attachée. C'est toi qui décide où tombent les coups et ils tombent et j'ai mal de tout mon corps.

A chaque fois que le fouet s'abat sur moi, les hommes poussent un cri sourd de satisfaction et cela fait un long chuintement. Je suis condamnée comme toute femme adultère à cent coups de bâton ou tout autre instrument que choisira le mari trompé. Toi, mon unique repère dans un monde encore barbare, tu sembles avoir pactisé avec eux. Et tu leur offres de marquer mon corps à l'encre rouge de la honte.

La douleur et l'humiliation ont eu raison de ma volonté. Je croyais tenir fièrement et tenir jusqu'au bout mais je sens derrière le masque que tu as posé sur mon visage des larmes brûlantes jaillir de mes yeux.
Alors je sais que je ne mérite pas d'être fouettée en place publique et je crains que t'en apercevant tu n'arrêtes plus de me battre et que mort s'en suive.

L'idée de déchéance est tellement forte et j'ai tellement mal que je me réveille en sursaut. Je tâtonne à la recherche de la lumière qui me dira qu'il ne s'agissait que d'un rêve. Un rêve étrange qui mélange les réels. Car, c'est bien connu, des rêves comme celui-ci tirent leurs racines de la réalité. Tu m'as fait monter sur une estrade et j'ai senti leurs regards et leur haleine et même s'il ne s'agissait que d'un jeu j'ai eu peur. Et puis, ce soir, à la télévision, une femme était battue dans un stade devant une foule en liesse, dans un pays en détresse. Et ces quelques lignes sont pour elle, Madame , qui avait succombé de vos blessures quand je ne succombais que de honte et de plaisir.

© 2002

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