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En feu
Blandine

" Vivre, c'est transformer du temps en expérience ". Caleb Cattegno. Oh que j'aime cette phrase ! Et comme je voudrais qu'elle soit vraie, toujours. Mais ma petite tête est rétive. Certaines choses n'y rentrent point. Et parfois il m'arrive de refaire les mêmes bêtises.

Et je m'en veux ! Car non, vraiment, ce n'est pas la première fois. J'attends toujours le dernier moment. Comme s'il allait se produire un miracle, ou du moins une exception. Et je tombe en panne sèche. Et je me maudis. Et je me promets que l'on ne m'y prendra plus. Enfin, pour une fois, ce n'est pas trop grave. Et surtout, Alain, mon petit ami, que mon imprévoyance rend furieux, n'en saura rien. Il est en déplacement, à l'autre bout de la France.

J'hésite un peu. Aller chercher un bidon d'essence avec un taxi ? Oh, pourquoi générer ces frais alors que la voiture de Alain est là. En plus, la station service est si proche que je doute qu'un taxi accepte de m'y conduire.

Je fais attention de ne dérégler aucun rétroviseur. Alain serait furieux que j'ai emprunté sa voiture sans lui demander. Il faut dire que c'est une vieille DS qu'il entretient comme une princesse, mais dont les pièces deviennent de plus en plus difficiles à trouver.

Que s'est-il passé ? Je ne sais pas. Mais je suis en tort. Toute le côté droit est défoncé au point de ne plus pouvoir ouvrir les portes. Alors que l'autre conducteur m'invective et me terrasse de sa colère, je me mets tout simplement à pleurer. Cela le calme. Mais je me fiche de lui. Je ne sais absolument pas comment annoncer cela à mon ami. J'ai brisé un morceau de son plaisir par ma conduite idiote. Je m'en veux infiniment.

Je rentre sans même avoir pris de l'essence pour ma propre voiture. Je ne sais pas si vous êtes comme moi. Mais quand je démarre une catastrophe, j'enchaîne, j'empile. Pire. Dans ma recherche d'alibis, ou d'excuses, je suis capable de provoquer une hécatombe. Sans doute pour juguler la peur. Pour dominer l'angoisse. Une très vieille angoisse abyssale qui vient de la nuit des temps et qui m'étreint et me fait déraisonner. D'abord je pense à me sauver. Aller n'importe où. Mais cela ne fera que retarder l'explication. La compliquer. Puis me vient une autre idée : j'imagine mettre, cette nuit, le feu à la voiture. Bonne idée, non ? Mettre le feu ! Plus de voiture, donc plus de traces d'accident, donc pas de problème...

Pour que le feu brûle toute la voiture, il me faudrait de l'essence. J'imagine en aspirer dans le réservoir de la DS. Je ferai cela tard. Vers deux ou trois heures du matin. Il n'y aura plus personne dans la rue. Maintenant que j'ai trouvé cette idée, je m'attache à la mettre au point, et cela va un peu mieux. Enfin, j'ai un peu moins cet étau qui m'empêche de respirer.

C'est à ce moment là que j'entends la clef tourner dans la serrure. Alain. Par réflexe, je me blottis sous les draps, m'efforçant de faire croire que je dors. Mais je ne peux calmer les battements de peur de mon coeur. Alors, je préfère m'asseoir sur le lit. Le sort en est jeté. Je l'attends.

- " Qu'as-tu fais à ma voiture ? "
- " Je, j'ai, j'ai eu un accident "
- " Pourquoi y a tu touchée ? "
- " Pour aller chercher de l'essence... "

Quand il n'y a plus de parade, autant tout avouer. J'ai envie de rajouter que j'ai failli mourir. Peut-être que cela amoindrirait sa colère. Mais je ne veux pas lui mentir. Et puis, je ne veux pas de circonstances atténuantes. C'est trop lâche.

Il est là, assis lui aussi sur le bord du lit, abattu. Je ne sais quoi faire. Je voudrais lui mettre mes bras autour de son cou, lui demander de m'excuser, c'est vrai que je suis mal, c'est vrai que je m'en veux. Je lui dis que c'est moi qui payerai les réparations. Mieux : c'est moi qui vais aussi m'en charger. Il hausse les épaules.

Alors, dans un élan désespéré, j'ai une idée : je vais chercher le petit martinet qu'il a acheté un jour. Une nuit de longs câlins, une nuit où nous étions bien, il m'avait avoué son grand fantasme. Il aimait donner la fessée, il avait envie de m'en donner une, de me faire partager ce qu'il appelait un plaisir. Mais vraiment je ne partageais pas sa conception, pire, cela me choquait. Il n'avait pas insisté. Que se passe t-il aujourd'hui ? Est-ce que je préfère cela au désespoir que je perçois sur son visage ? Je ne sais pas. Je sais seulement que, ce soir, pour la première fois, j'ai vraiment envie qu'il me donne une fessée. Et puis, une vraie. Puisque je la mérite.

Il me regarde, interloqué. Je lui dis tout simplement :
- " Donne-moi une fessée, je sais que je la mérite ".

Il me couche en travers de ses genoux. Je suis brusquement saisie par la peur. Mon ventre se noue de douleur. Je voudrais lui demander d'arrêter. Mais déjà, il a retroussé ma jupe et descend ma petite culotte. Je me sens trembler, je voudrais disparaître dans le lit, me fondre en lui. La première claque retentit, féroce. Oh que cela fait mal. Et il ne me frappe qu'avec sa main. Et sans doute me donnera-t-il plus tard le martinet. Comment vais-je supporter ? La deuxième claque arrive, toute aussi brutale. Puis cela s'enchaîne. Je ne sais plus où je suis. Je voudrais ne rien dire, mais c'est trop fort, alors je crie un peu. J'ai le derrière en feu. Je ne sais plus si cela me fait très mal où si je ne le sens plus. Et, tout doucement, je commence à trouver cela bon, très bon. Mes fesses ont envie d'aller chercher la claque suivante, de s'élever vers cette main brûlante qui les claque si bien. Je sens malgré moi mon corps onduler de plaisir. J'ai envie qu'il continue.

Mais il me repousse de ses genoux et me fait m'allonger sur notre lit. Je reprends une peur ventrale. Dans ma tête, il n'y a plus qu'un mot : le martinet, le martinet. Et le premier coup s'abat sur mes fesses déjà meurtries. Et je découvre que cela fait moins, beaucoup moins mal que je ne le croyais. Je laisse mon corps prendre cette fessée. Je me sens chavirer dans un état inconnu, flottant dans une volupté jamais ressentie, prêt à s'abandonner dans un plaisir nouveau.

Alain lâche le martinet, me fesse à nouveau à la main. Elle m'apparaît mille fois plus terrible, je m'écrase sous cette férule féroce. C'est l'estocade. Les dernières claques pour que je me souvienne.

Alors il arrête. Et je me sens dévorée d'un feu nouveau, qui brûle et fait mal, qui brûle et fait bon. Je reste étendue sur le lit, j'ai envie de lui. J'ai envie de lui comme jamais je n'en ai eu envie. Il me fait l'amour furieusement, je croule sous un plaisir décuplé. Puis il me demande si j'ai envie d'abîmer l'aile gauche et quand je lui dis oui, il me prend dans ses bras et plus rien n'a d'importance.

© 2001

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