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Réunion de famille
Blandine

Nous habitons un petit château qui a tout l'inconfort des grands. Les plafonds sont si hauts qu'il y fait éternellement froid malgré le feu des cheminées. Quand la toiture n'est pas à réparer, la chaudière est malade. Mais il s'agit de la maison de notre enfance et, ni mes trois frères, ni moi-même, n'avons le courage d'apposer un écriteau : " A vendre ".

Alors, chaque vacance, nous nous y retrouvons. Mon mari à adopté cette vieille bâtisse. Il aime le silence de cette campagne reculée, les grandes flambées et les longs repas où coule le bon vin et les digestifs dorés. Mes grands frères partagent ces moments de douceur où le temps s'écoule sans heurt. Il fait bon ne rien faire ou bien peu de choses ou seulement ce dont on a envie.

Mes belles soeurs portent des pantalons anciens et des pulls trop grands et dès qu'un repas s'est achevé, elles complotent pour imaginer régaler encore, au prochain repas, nos babines insatiables. Fera-t-on du lapin à la moutarde ou bien une grosse cote sur le barbecue du jardin ? J'essaye de me joindre à elles, je sens bien ce plaisir qu'il y a à faire plaisir. Mais aucune de mes suggestions n'est retenue. Une fois pour toute, et avec raison, on m'a cataloguée de cuisinière nulle. Alors, dès que je le peux, je tourne les talons, abandonnant lâchement les corvées d'épluchage. D'ailleurs, pourquoi faut-il absolument que ce soit long pour que ce soit bon ?

Je me glisse subrepticement dans ma voiture et, comme une voleuse qui viendrait de commettre un méfait, je me sauve. Je roule sans savoir où je vais, m'imprégnant de la douceur de la campagne, inondée de bonheur quand je rentre dans un sous bois. Il n'est pas rare alors que je m'arrête, juste pour humer la bonne odeur de terre, juste pour aller entendre mes pas crisser sur les feuilles mortes, juste pour essayer de retenir dans mes yeux les jeux d'ombre et de lumière d'un soleil d'après-midi à travers la forêt.

Puis je vais vers la ville. Toute ville que je ne connais pas est une tentation. Chaque jour me conduit un peu plus loin. Trente kilomètres pour découvrir cette église romane ? Voir ce château ? Allez, allez, j'ai le temps. Je ferais vite. Juste pour voir. Et puis, si vraiment cela vaut la peine, en rentrant, je leur raconterai. Nous organiserons une visite. Voilà, elle est trouvée, ma bonne excuse. La justification de mon absence.

Le temps a passé. Aujourd'hui, comme hier, comme les autres jours, je suis en retard. J'ai roulé à tombeaux ouverts au retour, mais rien n'y a fait. Il est neuf heures du soir quand il eut fallu qu'il n'en soit que huit. Je tournicote dans ma tête mille excuses. Mais déjà les autres fois...

Je rentre le coeur battant, essaye de me glisser dans l'apéritif au coin du feu. Personne ne me dit rien, la conversation continue, je reprends espoir. Je suis pleine de bonne volonté et prête à me faire pardonner. Mais je vois bien que le couvert est déjà mis, que la cuisine est faite, que je n'ai plus qu'à me mettre les pieds sous la table.

Alors que chacun n'a bu que la moitié de son apéritif, mon frère aîné demande le silence et celui-ci se fait immédiatement. Il me regarde et très calmement, à son habitude, me dit :
- " Nous avons décidé quelque chose, tes frères, ton mari et moi-même. Tu es d'accord : tu nous laisses tout faire à la maison, tu pars, on ne sait pas où, tu reviens, on ne sait pas quand ; on est obligé de t'attendre et tu n'as même pas la correction de t'excuser. Alors, tu te souviens de cela ? "

Et il me montre un vieux martinet. Je manque de m'évanouir. Oh, que oui, je me souviens. Nous en avons tous goûté un peu, beaucoup, sévèrement, de ce petit objet à manche noir et à lanières de cuir aujourd'hui usagées. J'ai l'estomac vrillé. Que va-t-il faire ? Très vite, je me demande si mon mari lui a raconté mon fantasme, lui a dit que j'aimais être fessée. Mais je pense que non. Mon mari est infiniment pudique. Et puis, cela n'a rien à voir. J'aime bien recevoir une fessée dans l'intimité d'une alcôve, en prélude à d'autres ébats.

Mais en même temps que je pense à tout cela, un très lointain fantasme de fessée publique m'a assailli. J'ai mal au ventre et je suis folle de honte. Et pourtant, une certaine idée du courage, cette constante pensée que l'on doit assumer ses actes et payer ses fautes sans se plaindre et la tête haute, me donne une vision profondément chevaleresque de la situation. Je suis prête à assumer. J'en ai le devoir. Me dérober serait la véritable honte. Je préfère d'ailleurs ce que je pressens qui va m'arriver, au regard de mépris de mon mari, aux persiflages de mes frères, aux plaintes de mes belles soeurs.

Dans un silence d'angoisse qui me bourdonne à la tête je devine ce que mon frère me dit :
- " Tu te mets à genoux, ici, contre la table. "

J'ai à peine trois pas à parcourir depuis ma chaise jusqu'à la table basse du salon qu'il me désigne. Je tressaille, n'arrivant plus à contrôler un coeur qui bat à tout rompre. Seule la fierté me permet d'y aller. La fierté retrouvée de mon enfance où je savais ce que j'allais subir mais ne m'enfuyais pas, ne bougeais pas, ne pleurais pas.

Il m'a fait agenouillée sur la petite table du salon. Je l'ai enserrée de mes bras et j'ai caché ma tête dans mes cheveux. Je ne veux pas que l'on voit mon visage. Est-ce mon frère aîné, ou bien mon mari, qui retrousse ma jupe ? En fait, j'ai entendu des chaises bouger. Certains ont dû se reculer pour former un arc de cercle. Pour mieux jouir du spectacle ? Je devine que c'est mon mari qui descend ma petite culotte. J'ai un froid tombal. J'ai mal de peur dans le ventre. Mes fesses sont maintenant nues, pas même réchauffées par le feu de cheminée car elles sont à l'opposé. Histoire que tout le monde voit bien.

Le premier coup de martinet tombe. Je mords mes lèvres. Je ne dirais rien. Mais cela fait bien plus mal que d'habitude. D'habitude, mon mari m'allonge sur ses genoux, puis, me donne les premières claques sur ma petite culotte. D'habitude il me fesse très progressivement, d'habitude il me caresse longuement, d'habitude le martinet est un plaisir. D'habitude....

Les coups pleuvent. Mes fesses commencent à brûler. Parfois, une cinglade va s'égarer sur mes flancs, et là, cela fait terriblement mal. Mais, mon mari, qui sait fesser, centre plutôt les coups. Et je devine alors que tout en me donnant une fessée punition, il cherche aussi mon plaisir et qu'il me connaît trop pour ne pas savoir que je vais le trouver.

Personne ne parle. Bizarrement, l'humiliation la plus profonde a fait place à une sorte de délectation. Je me sais au milieu du salon d'un château, agenouillée sur un beau tapis ancien, ma tête posée sur une vieille table de chêne patinée par les siècles. Les lumières sont tendres, le feu de cheminée s'est endormi, et je perçois le recueillement, l'émotion des autres. Je devine le spectacle que je donne, et comme je sais mon corps suffisamment joli, j'éprouve maintenant plus de jouissance que de honte. Je regrette même de ne pas être attachée. Il eut fallu ceinturer ma taille et ligoter mes poignets.

Je suis vertigineusement bien, heureuse de me laisser enfin aller au point d'accepter cette soumission suprême, cet abandon total. Je me sens en même temps infiniment désirable avec mes fesses qui doivent être maintenant bien rouge. Les coups de martinet continuent de s'abattre, ils sifflent dans le silence. J'ai l'impression que cette fessée durera l'éternité, et même si je sens à chaque fois le pincement des lanières, et même si la chaleur se fait de plus en plus brûlante, je suis submergée d'une intime jouissance qui inonde d'un plaisir bouillant mes reins et mon sexe.

Le martinet s'arrête enfin. Et mon mari, car c'est bien lui, me remonte délicatement ma petite culotte. A ce moment, je ressens la fessée dans son ensemble et cela chauffe vraiment. Ma jupe retombe et je fonce dans ses bras. Pourvu, pourvu qu'il ne me repousse pas car maintenant, la honte et surtout une immense solitude m'étreignent si violemment que j'ai envie de pleurer ...Mais il m'embrasse sur les cheveux, sur le front, m'enveloppe de sa tendresse....

Et il dit aux autres : " Commencez sans nous, nous montons dans la chambre ". Je lui demande cette fois-ci vraiment pardon, c'est vrai que ce n'est pas bien d'arriver si tard...Mais il ne faut pas qu'il m'en veuille. J'ai un besoin maladif d'être seule. Je n'arrive pas à rester toute la journée avec tout ce monde. Il le sait. Il sourit. Il m'embrasse et me fait somptueusement l'amour.

Et puis, allongés tous les deux sur le lit, ma tête dans ses bras et mes fesses essayant de retrouver un peu de fraîcheur, il me regarde et me dit :
" Maintenant, j'ai bien peur que tu arrives à l'heure. Alors, il ne me reste plus qu'une solution : je vais dérégler ta montre sans que tu le saches... " et nous rions et nous recommençons à faire l'amour. Et nous sommes très en retard pour aller dîner.

© 2001

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