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La dette à payer
Blandine

Quand Maxime m'annonça qu'il allait inviter Christophe à dîner, j'essayai de l'en dissuader. Je cherchai quelques prétextes pour qu'il diffère ce repas, ou que je ne sois pas là. Il les sentit fallacieux et, en me prenant dans ses bras, il me dit : " D'habitude, tu es toujours contente lorsque j'organise un dîner. Aurais-tu peur ? ".

Maxime m'annonça ensuite qu'il invitait Evelyne, une fille qu'il souhaitait me présenter. Ainsi, nous serions quatre à table. Ce qui était plus convivial. J'inventais alors que, le soir prévu, j'avais une réunion qui durerait tard. Il me sourit bizarrement, puis, le plus naturellement du monde me répondit : " Eh bien, nous prendrons l'apéritif en t'attendant ".

La date approchait. J'avais une peur irradiante au fond de moi. Il suffisait que je pense à ce dîner pour sentir mon ventre se nouer. Pourtant, je n'avais pas grand chose à me reprocher. Pas grand chose.

Un matin où je ne voyais pas la vie jolie, j'avais envoyé un mail à Christophe. Il avait été surpris, parce que, s'il me connaissait de nom, il ne m'avait jamais rencontrée. Il ne connaissait que Maxime. Il s'empressa de me répondre et nous commençâmes une de ces relations épistolaires telle qu'Internet les a remis au goût du jour. Nous avions l'un et l'autre une culture assez grande pour que nos messages soient attrayants. Il n'en fallut pas moins pour qu'il eût vraiment envie de me connaître et m'invitât.

Le restaurant était beau, sa compagnie agréable. Alors, tout s'enchaîna. D'autres mails, une autre invitation. Et brusquement, je pris conscience que Christophe me croyait acquise. Il était seul. Il était timide. J'aurais du me méfier. Il fantasmait. Je n'y avais pas pris garde.

Un soir de remord, je racontai tout cela à Maxime. Je ne me sentais pas bien. Certes, je n'avais pas grand chose à me reprocher. Sauf cette stupide cachotterie envers lui. Sauf d'avoir alimenté un espoir auprès d'un timide.

Maxime ne dit trop rien. J'aurais préféré qu'il se mit en colère. Qu'il en profita peut-être pour me donner une fessée. Non. Rien. Un silence. Puis, tout doucement, avec ce calme des hommes forts, il me dit : " Tu as contracté une dette. Il faut payer ses dettes ".

Je n'eus pas de mal à comprendre, à apprécier. C'était parfaitement conforme à certaines valeurs morales que nous avions. Et même si celles-ci semblaient quelque peu surannées, elles correspondaient à une façon de vivre.

Toutefois, je m'abstins de demander comment devrait se payer cette dette. Je craignais trop de deviner la réponse. Plutôt lâchement, mais décidément je n'arrêtais pas de me comporter ainsi depuis le début de cette rencontre, je laissais à Maxime le soin de décider.

C'est aujourd'hui. Je me suis appliquée à mettre les petits plats dans les grands. Et même si j'ai la tête ailleurs, j'essaye que le dîner soit parfait. C'est Christophe qui arrive le premier. L'atmosphère est pesante, aucune conversation ne prend, pas même quelques potins qui d'habitude alimentent les premiers échanges. Alors Maxime propose l'apéritif. Et Evelyne arrive. Et comme, elle aussi, est timide, entre chaque phrase, le silence revient, compact, sinistre.

Brhh. Maxime n'aurait pas du prendre ce dîner. Je n'aurais pas dû venir. Et puis, j'ai peur. Cent fois, j'ai essayé de lui demander s'il envisageait... ce soir là...de me faire " payer ma dette "...Mais à chaque fois, il m'a regardé en souriant. " Tu verras bien la souris, tu verras bien... ". Je lui ai dit que j'assumais, mais que je préférais savoir. Savoir à l'avance. Etre prête dans ma tête. Mais il a continué de sourire.

Nous passons à table et je me sens délivrée pour le temps du repas. Je fais tout pour ralentir le service et je fais tout pour alimenter une conversation qui se porte mieux depuis que l'apéritif a désinhibé nos invités. Mais après la mousse au chocolat, il n'y a plus d'autres desserts. Maxime propose de passer au salon pour prendre le café. Quoi de plus normal ?

Une fois tout le monde installé, le café et quelques liqueurs servis, Maxime profite d'un petit moment de silence pour dire, le plus calmement du monde : " Je crois, Christophe, qu'Amandine ne s'est pas comportée tout à fait comme elle aurait dû, envers toi. Rien de bien grave, mais tout de même... Nous en avons discuté, elle et moi. Elle sait ce que j'en pense. C'est un peu comme si elle avait contracté une dette, une dette morale. Alors, je vais lui proposer de la payer, maintenant. Tu es d'accord Amandine ? ".

Je ne répond pas. Je ne le pourrais pas. Mais je me lève du fauteuil où je m'étais assise pour rejoindre Maxime. Fait-il très chaud où bien, est-ce moi qui ai les joues bouillantes de honte ? Je ne regarde personne mais je sais les yeux qui me fixent. J'entends le silence et la gêne. J'ai mal dans le dos. Je ne sais plus comment marcher. J'ai hâte d'être sur les genoux de Maxime. Je préfère encore cela à cette traversée de ce no man's land de deux mètres et qui me semble la traversée de la Sibérie.

Tu me couches sur tes genoux. Tu retrousses ma robe. Démarre alors ce lent chemin de honte. Les claques sur ma petite culotte. Me la laisseras-tu ? M'accorderas-tu cette faveur ? Te connaissant, j'en doute. Mais pourtant, ce n'était pas si grave. Crois-tu vraiment que j'ai mérité cette fessée ?

J'espère encore que tu en resteras là, qu'ils t'arrêteront. Mais je sais déjà leur émotion, la tienne, la mienne aussi, et voilà, c'est inéluctable. Tes mains descendent mon petit slip qui ne résiste même pas malgré mes jambes que j'ai serrées autant que j'ai pu. Autre honte. Rivage du désespoir. Descente dans l'humiliation. Fais vite. Fesse-moi fort que je renaisse par la couleur du désir. Farde-moi vite de cette belle couleur écarlate qui maquillera ma détresse. Je suis au bord du précipice, tiens-moi bien dans tes bras. Frappe-moi. Ne m'abandonne pas.

Tu sais tout cela. Tu sais aussi que seul le bruit régulier de ta main sur mon corps consentant, va apaiser ma peur, calmer la douleur, éveiller le plaisir. Et déjà, tu sens que je me suis faite plus douce, que je tremble moins, que je commence à être bien. Et, par moment, subrepticement, parce que ce n'est pas le but ni le jeu, mais que tu en as envie quand même, tu me caresses doucement.

Puis tu reprends. Tu en as décidé ainsi. Ce sera une vraie fessée. Ta main se fait plus lourde. On dirait qu'elle double de force. Je m'aplatis. Oui, j'ai compris, tu veux montrer que tu me punis. D'accord. D'ailleurs, nous le savons tous. Et c'est devenu délicieux. Et j'ai envie que tu continues. Et je sais que, eux aussi, ils veulent que tu continues. Tu me soulèves et m'installes à genoux au bord du canapé. Tu vas chercher le martinet. Je reprends peur. Parce qu'ils sont là. Parce que l'on a changé de position. Parce que le bruit. Ca cingle. Je ne dis rien. D'ailleurs, tu le sais, même si tu me faisais très mal, je ne dirais rien. La fierté.

Mais tu sais toujours très bien où tu vas. Juste au bord de la limite. Entre douleur et plaisir. Puis je te sais enlevant ta ceinture. Je pense : " Le grand jeu. Vont être très impressionnés. Je suis ta complice de délice ". C'est délectable pour la tête et pour le corps. J'ai envie de te remercier. Plus tard.

La ceinture fait de grands impacts brûlants. Sur le moment, il y a une douleur mais elle est très fugace et laisse place à une onctueuse chaleur irradiant tous les reins. Maintenant, j'ai envie de toi. C'est bizarre : j'ai accepté avec ce doux mélange de fierté et de honte, de prendre une fessée devant eux, mais jamais, vraiment jamais, je ne pourrais faire l'amour devant eux. Chacun son fantasme...

Tu me remontes ma petite culotte. Ma jupe retombe. Je me réfugie dans tes bras. Je ne veux pas les voir. J'ai envie de me cacher dans toi. J'ai envie de me cacher de l'humiliation, de la solitude. C'est toujours ainsi après une fessée.

Ils disent au revoir. Je crois que je les salue. Je ne sais plus. J'ai les fesses en feu et je ne suis plus que désir. Dis-moi que tu as eu plus de plaisir à me donner cette fessée que de déplaisir à apprendre ce pour lequel je l'ai mérité. Dis-moi...et puis non, ne me dis rien. Fais-moi l'amour.

© 2001

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