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Les nuits de pleine lune
Blandine

Nous nous sommes mariés il y a huit ans. Et puis un jour, voulant faire un cadeau un peu amusant à des amis, Yves et moi nous sommes allés dans un sexe shop. Nous riions de tous les ustensiles du magasin quand j'avisais un beau martinet. Je dis à Yves, dans un souffle, que j'aimerais essayer. Très placidement il me dit "d'accord". Le soir même je reçus ma première fessée puis d'autres et d'autres encore.

Nous n'avions besoin d'aucun scénario, il suffisait qu'il me dise: "Viens, je vais te donner une fessée" et je sentais toute l'échine de mon dos se contracter, je rentrais alors en moi, je m'apprêtais à le subir de quelques manières qu'il veuille. J'étais à ce moment là mille fois plus à lui que lorsqu'il me faisait l'amour. J'étais à lui sans défense, je lui offrais une partie de mon corps que jamais je ne verrais, qu'il pouvait caresser, malaxer, pétrir, battre, je lui offrais une partie de moi-même pour qu'il la teinte de la couleur du désir et du sang, qu'il la chauffe de la brûlure de l'amour et du feu

Au début du mois de juin il m'a dit: "Cette année, je t'emmènerai. Des amis organisent une fête très sensuelle. Cette année, tu pourras participer". Chaque jour, je le questionnais sur cette fête mais il ne disait rien, ou pas grand chose. J'appris quand même que nous serions trois ou quatre couples et que, la nuit venue, attachée à un puits, un autre homme pourrait me fesser.

Dès que je sus cela, je lui dis que je ne voulais pas venir. J'avais peur. Vraiment trop peur. Il haussa les épaules et me dit: "bon, c'est toi qui choisis. J'irai de toute façon". Irait-il avec une autre femme ? Je fus immédiatement jalouse de cette éventualité. Et infiniment curieuse de vivre cette fête dont il parlait si peu.

Paris, Excideuil. Le Périgord est au bout du monde quand la peur vous sert de compagne de route. Mon mari parle encore moins que d'habitude. Aux questions que j'arrive à lui poser il répond: "Tu verras et je serai là".

Il s'agit d'un petit château fin de siècle. Au milieu de la cour, il y a un puits. Un grand puits de pierre surmonté d'un petit toit porté par des montants de fer forgé noir.
Je frissonne de tout mon corps.

La maîtresse de maison m'embrasse alors que je ne la connais pas, nous dit que notre chambre est au deuxième. Nous montons, elle est très belle et je me jette dans les bras de mon mari. J'ai besoin de lui, qu'il me fasse l'amour, qu'il soit là, qu'il ne me quitte plus.
J'ai le ventre noué.

Nous partons marcher en forêt, mon mari ne me dit toujours rien mais il me tient fort la main. Puis il me regarde à un moment et il me dit: "allez, n'aie pas autant peur, petite fille";

Au dîner, Maxime, le maître de maison, tend un chapeau avec des noms. Il précise: "si jamais l'une d'entre vous tirait le nom de son conjoint, on recommence". Je choisis la première. C'est justement son nom à lui: Maxime. Et c'est une fille, Anne qui a tiré le nom de mon mari.

Tous ont l'air de se connaître. Ils refont le monde, racontent des blagues, félicitent la maîtresse de maison pour son gigot d'agneau. Moi, ni faim, ni soif, ni un mot dans la tête. Le vide, le blanc, le trou. La panique. Ils sortent avec des digestifs. La nuit d'été est douce, encore un peu moite de la belle journée. La lune illumine le jardin et porte loin les ombres. Maxime allume les réverbères et l'on y voit comme dans un jour qui serait irréel.

Nouveau tirage au sort. Ce soir, c'est Anne. Anne avec mon mari
Moi, ce sera demain soir. Demain soir, avec Maxime.

Nous sommes assis sur deux grands bancs de pierre face au puits. Mon mari se lève, va voir Anne. Il lui prend la main comme pour une danse. Il l'amène devant le puits. Il la déshabille lentement. Son pull. Sa jupe. Il lui laisse un petit caraco de broderie anglaise et ses longs bas qu'une dentelle retient. Puis il la fait se pencher sur la margelle. Il lui prend un bras, I'attache à l'un des montants du puits avec un ruban de satin blanc. Il récupère l'autre bras. Il l'attache à l'autre montant.

Sur la margelle, il y a plein d'instruments. Mon mari prend un martinet. Il caresse avec le martinet Anne qui ondule blanche sous la lune. Et l'on dirait une opaline. Tout doucement il commence à la fesser et c'est le seul bruit que l'on entend et je regarde confuse haletante morte de la peur d'y aller et dans l'envie d'y être.
Mon mari la frappe sans un mot, régulièrement, crescendo. Anne ne dit rien, ne frémit pas, tout juste voit-on ses mains se crisper un peu plus par moment sur les montants de fer forgé. Il lui frappe les fesses et puis remonte vers les épaules, descend sur les cuisses et revient sur les fesses. Personne ne parle. Le sifflement du martinet se fait plus intense, les liens de satin se distendent et l'on sent maintenant le corps qui s'affaisse et la fessée qui a été jusqu'à sa limite dans cette contrée où se côtoient le plaisir et la douleur... Sous la lune l'on devine de longues marques brunes et puis le silence revient. Mon mari pose le martinet, drape Anne dans une étole qu'avait prévu la maîtresse de maison, détache les petites mains d'Anne qui tombe dans les bras de son mari venu la récupérer.

On se dit bonsoir très vite, mon mari me sert dans ses bras, je tremble de tout mon corps. Demain. Demain soir.

Excideuil, Le 13, 14 et 15 juillet 2000

© 2001

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