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Pour Marie
Blandine

Nous sommes voisins. Son père et le mien font le bon vin de Bandol et je la connais depuis toute petite. Mais aux dernières vendanges, avec son petit bout de robe bleue qui subissait le mistral pour mon plus grand plaisir, j'ai su que je la désirais.

Elle est peureuse ma petite Marie et je dois déployer toutes les ruses pour passer quelques minutes avec elle. Mais, maintenant, elle aussi me regarde avec ses yeux qui disent oui même quand le corps hésite encore. Je saute le grillage qui sépare nos vignes, je cours vers une remise et là j'attends qu'elle vienne me rejoindre. J'attends des heures et parfois elle ne vient pas. Et parfois elle vient et ça ne dure que le temps d'un baiser. Et elle s'envole. "Papa ne doit pas me trouver avec toi". "Mais tu as seize ans, tu es grande maintenant !". Elle ne répond rien, elle court et ça soulève sa jupe.
Et de ruses en ruses et d'envies en envies on se voit avant le lycée, à midi, le soir après les cours et le week-end dans la remise.

Quand je suis arrivé, son père est déjà là. Assis sur l'établi. Un martinet à la main. Je vais pour m'enfuir, la prévenir, faire quelque chose, il m'accroche le bras. "Toi, tu restes ici. On ira voir ton père ensuite".
Par les carreaux sales de la remise je la vois arriver avec son petit bout de jupe, je peux rien faire, je devrais crier mais je ne dis rien, ça sort pas ou j'y pense pas, je sais pas.

Elle entre et je reconnais son regard traqué. Il l'attrape par le bras, la plie sur l'établi, descend le petit bout de culotte et commence à frapper. Je vois ses fesses pour la première fois, j'ai honte, je ne peux détacher mon regard de ce petit derrière qui devient cramoisi sous le feu des lanières, j'ai honte et je bande comme un fou et au lieu d'arrêter ce père qui la fouette de toute sa hargne de la perdre, je regarde. Je regarde ces jolies fesses qui deviennent rouges plus rouges encore et où s'impriment le martinet et la honte.

Quand il s'arrête enfin, il m'attrape une nouvelle fois par le bras, me force à courir dans les vignes, sauter le grillage, filer vers le mas. Il trouve mon père assis sous la tonnelle entrain de boire un pastis. Il lui jette toute sa haine, invente que j'allais violer sa fille et s'entend dire "Mais c'est de leur âge, voyons René, t'es fadas ou quoi. Et pourquoi tu la bats ta petite ? Elle va se sauver de chez toi et t'auras que tes yeux pour pleurer. . . "

Je n'ai jamais revu Marie.
Mais des fois je me promène sur ce site. J'ai envie d'une fessée. Celle que je n'ai pas reçue ce jour là, celles que je n'ai pas reçues d'autres fois. J'ai envie de toutes ces fessées que j'aurais méritées, j'ai envie d'oublier que j'ai été lâche. J'ai envie d'être si frappé si fort que j'en oublierai Marie ou bien qu'elle me pardonnera.

© 2001

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