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Rush 3 : Punitions en série
Jean-François

Rush 3

PUNITIONS EN SERIE

RESUME : Les insurgés sont maîtres de Liège. Craignant de se trouver pris entre les milices flamandes et les troupes françaises massées dans le Pas-de-Calais, Charles le Téméraire s'est replié sur son Q.G. de Péronne. Dès que les Bourguignons ont levé le siège de son château, Guillaume de La Marck a rassemblé sa bande de brigands et, laissant Isabelle au cachot sous bonne garde, il s'est précipité à Liège où la populace en délire l'a accueilli en triomphateur. Hameline de Croye a réussi à s'évader sous l'habit de sa gardienne. Coupable d'inattention et de négligence grave, la clarisse a été mise en pénitence par son abbesse, dans l'attente d'une peine disciplinaire.


LIEGE, PLACE DE L'HOTEL DE VILLE - EXTERIEUR JOUR

Plan semi-général de la place en légère plongée, montrant l'hôtel de ville entouré de maisons flamandes aux toits pointus. Dans le champ à gauche, des chevaux, attachés aux piliers des arcades, se frottent les uns aux autres, l'un d'eux pousse un hennissement. Cinq soldats sont accroupis ou couchés autour d'un feu, occupés à griller des saucisses piquées au bout d'un bâton. D'autres soldats, mêlés à des ouvriers et des bourgeois armés, entrent et sortent de l'hôtel de ville, quelques uns au bras d'une femme, ou bien la tenant par la taille. Les fenêtres de l'hôtel de ville sont ouvertes, laissant entrevoir un remue-ménage considérable : les vainqueurs fêtent leur triomphe. On entend (off) des éclats de voix, des rires. Du haut d'une autre fenêtre, plus petite et située sous les combles, des hommes jettent des meubles qui vont se fracasser en bas sur les pavés. Partout, sauf devant la façade de l'hôtel de ville, une galerie d'arcades voûtées en plein cintre entoure la place.

Un pano-travelling cadre l'une de ces galeries en enfilade. En arrière plan nous apercevons un couple à demi dissimulé derrière un pilier des arcades. La camera se rapproche (travelling avant) pour cerner ce couple en plan américain large. L'homme est un reître barbu en habit bigarré et chapeau à plumes. Il tient une femme du peuple par la taille et tente de l'embrasser. De sa main libre, il lui pelote les seins. La femme est en pleine lumière, cheveux noirs frisés, type espagnol, corsage blanc, jupe de gros drap, tablier bleu, le seau dans lequel elle allait chercher de l'eau posé à ses pieds. L'homme reste dans l'ombre, son chapeau baissé sur les yeux.

LA FEMME (feignant l'indignation) : Bas les pattes!... Veux-tu me laisser.

LE REITRE (haletant) : Tu es si belle.

LA FEMME (riant) : Tu leur dis ça à toutes, espèce de vaurien! (à voix basse) : Plus tard si tu veux. (Elle désigne une porte sous les arcades) : J'habite là.



SALLE DE BANQUET DE L'HOTEL DE VILLE - INTERIEUR JOUR

Plan rapproché d'un cochon rôti, présenté entier sur un gigantesque plat d'argent massif, une pomme cuite entre ses dents. Eclair rapide d'un large coutelas dont la lame s'abat et se plante dans l'échine du cochon. Sous l'effet du choc la mâchoire se resserre, écrasant la pomme et faisant voler des morceaux de pulpe dans tous les sens. De même, de l'entaille faite par le couteau gicle un mélange de sang, de jus et de graisse. Nous entendons (off) les vociférations des convives souillés et aspergés, mêlées de plaisanteries en flamand, en français.

Un zoom arrière suivi d'un panoramique latéral droite-gauche nous fait découvrir la vaste salle, richement décorée dans un style lourd et pompeux. Autour de trois immenses tables dressées comme pour un banquet, les vainqueurs festoient et font ripaille. Guillaume de La Marck trône à la place d'honneur, en bout de la table centrale, entouré de ses officiers et des notables liégeois. Le contraste frappe entre le décor d'apparat et les convives aux mines féroces, aux trognes d'ivrognes ou d'assassins. Seuls quelques bourgeois de Liège tentent de se tenir à peu près correctement. Les mercenaires lutinent des ribaudes tout en se bâfrant, buvant et lançant les verres de cristal contre les murs. Quelques uns tiennent deux femmes, une sur chaque genou.

Suite du pano-travelling pour cadrer en plan américain large La Marck entouré de ses proches lieutenants. Par-dessus son armure le chef flamand porte, en guise de surtout, la fameuse pelisse qui a fait sa renommée : la peau d'un énorme sanglier dont la corne des sabots et les défenses sont en or - or provenant du pillage des églises, précise-t-il. Pour parfaire la légende dont il aime entourer sa personne, la tête naturalisée de l'animal lui sert de capuchon, rabattue jusqu'au milieu du front.

A la droite de La Marck est assis Nikkel Bloch, le chef de la corporation des bouchers. Ses manches retroussées découvrent des avant bras noueux, velus comme ceux d'un singe. Son couperet rouge de sang est posé devant lui sur la table.

UN BOURGEOIS DE LIEGE (à Guillaume) : Avez-vous conclu l'alliance avec le roi de France?

LA MARCK (rotant) : Louis de Valois? Quand il viendra ici je lui ferai lécher mon cul.

Il rit bruyamment et vide un hanap, le vin dégoulinant dans sa barbe et son cou.



REFECTOIRE DE MONASTERE - INTERIEUR JOUR

Plan d'ensemble en légère plongée du réfectoire des clarisses. Ici aussi, trois longues tables sont alignées les unes à côté des autres, mais autant la salle à manger des insurgés donne une impression de désordre et de licence, autant le réfectoire des nonnes est net, rangé, briqué. Ordre, rigueur et austérité. Le couvert est mis sur les tables : écuelles de bois, grossières cuillères en étain, gobelets de même métal. Tous les trois ou quatre mètres sont disposées des carafes d'eau et des miches rondes de pain bis. La chaire de la lectrice surplombe les tables, fixée au milieu du mur opposé aux fenêtres, à mi-chemin entre le plancher blanc à force d'être savonné et le plafond nu badigeonné à l'eau de chaux. Nous entendons (off) jouer de l'orgue en sourdine. Le réfectoire est désert.

Un lent (très lent, semblant s'accorder sur la musique religieuse) panoramique gauche-droite nous fait découvrir l'autre extrémité de cette longue salle. Là se trouve, sur une estrade, la table, beaucoup plus petite (six couverts), où l'abbesse et les supérieures prennent leur repas. Le couvert est mis là aussi. La seule différence est dans les sièges : les "huiles" ont droit à des chaises (de lourdes chaises cannées de campagne, à dossier droit) alors que les tables du réfectoire sont bordées de bancs.

Au pied de cette enclave réservée aux supérieures, dans l'espace qui sépare l'estrade du reste de la salle, une soeur clarisse est couchée à plat ventre sur le sol, les bras en croix et la face contre les planches du parquet.

L'orgue (off) joue soudain plus fort.



SALLE DE BANQUET DE L'HOTEL DE VILLE - INTERIEUR JOUR

Plan moyen de La Marck entouré de ses lieutenants et des chefs des milices. Un soldat s'approche et se penche pour lui dire quelque chose à l'oreille.

Zoom sur Le Sanglier et le soldat cadrés en plan américain serré.

LA MARCK (sursautant) : Hein?

Le soldat hoche la tête en signe d'affirmation et continue de marmonner.

LA MARCK : Mais parle donc, bougre d'âne. Il n'y a que des amis ici.

Retour au plan moyen.

LE SOLDAT : Hameline de Croye a été reprise par des hommes à nous.

Cette annonce fait l'effet d'une bombe dans le petit groupe.

LA MARCK : Où est-elle?

LE SOLDAT : En bas sur la place.

Tous se lèvent et (pano-travelling) se précipitent en désordre vers une fenêtre.



REFECTOIRE DES CLARISSES - INTERIEUR JOUR

Plan moyen large de la table des supérieures et de la nonne à plat ventre au pied de l'estrade. Il n'y a toujours personne à table. Musique d'orgue (off et très bas).

Une petite porte au fond, dans la pénombre, s'ouvre sans bruit. Une clarisse entre sur la pointe des pieds, tenant un martinet à la main.

Plan américain de la clarisse suivie en panoramique latéral droite-gauche jusqu'à la table où elle reste quelques secondes immobile (en légère contre plongée) à observer d'un air songeur sa soeur en posture de mortification. Puis elle suspend le martinet au dossier de la chaise centrale (celle de l'abbesse) et repart aussi silencieusement qu'elle est arrivée. Nous la voyons s'éloigner de dos en plan de fuite, jusqu'à la porte qu'elle franchit et referme derrière elle.

L'orgue se tait.

Plan rapproché du fouet accroché au dossier de la chaise : un instrument de correction assez impressionnant, plus proche du chat à neuf queues en usage dans les prisons que du martinet des enfants.

Zoom arrière reprenant le plan moyen large du début : la table des supérieures, inoccupée. La nonne en pénitence à plat ventre au pied de l'estrade, les bras en croix et la face contre terre. La porte du fond se distingue à peine dans l'ombre. Le seul détail qui a changé, c'est le fouet suspendu à la chaise de l'abbesse.

On entend (off) un chien aboyer dehors.



PLACE DE L'HOTEL DE VILLE - EXTERIEUR JOUR

Plongée sur le groupe que forment deux schwarz-reiters et leur prisonnière, vu de la fenêtre de la salle du festin. Ses deux poings liés par une corde, la tante d'Isabelle est tenue en laisse par l'un des cavaliers noirs.

Contrechamp sur la fenêtre où se tient La Marck, le buste incliné vers l'extérieur.

LA MARCK (exultant) : Bon travail, mes braves!

Il leur lance une bourse pleine.

Le cavalier noir (forte plongée) qui tient Hameline l'attrape au vol.

PREMIER SCHWARZ-REITER (terrible accent allemand) : Merchi, Fotre Cheigneurie... ch'est ein blaisir dé dravailler bour lé Zanglier des Artenn's.

DEUXIEME SCHWARZ-REITER (le bras droit levé en un geste de salutation) : Lièche! Lièche! Zanglier rouche!

LA MARCK (contrechamp à sa fenêtre) : Comment l'avez-vous arrêtée?

Flash sur les arcades où le reitre au chapeau à plumes (son visage toujours dans l'ombre) et la brune au type espagnol, son seau à la main, suivent la scène de loin (plan américain large).

Plan moyen en plongée des cavaliers et d'Hameline entravée entre eux.

PREMIER SCHWARZ-REITER : Tans eine granche.

DEUXIEME SCHWARZ-REITER : Tans les foins.

PREMIER SCHWARZ-REITER ( plan rapproché en plongée) : Nous groire ch'est eine brise te guerre.

DEUXIEME SCWHARZ-REITER (plan américain serré en forte plongée) : Mais nous afoir reconnu la tame de Croye und la régonduire à Fotre Cheigneurie.

LES DEUX SCHWARZ-REITERS (en choeur) : Lièche! Lièche! Zanglier rouche!

Ce sont de sinistres bandits levés dans les tapis-francs et les bouges de la basse Allemagne. Leur seule différence avec les escorcheurs et les taupins c'est qu'ils forment un corps de cavalerie légère, extrêmement mobile et frappant l'ennemi là où il ne s'y attend pas. Pour mériter le nom de cavalerie noire, qui glace les populations de terreur, ils montent des chevaux noirs, peignent leurs armes et leur équipement en noir, et s'enduisent les mains et le visage d'une pâte à base de suie et d'encre. En sauvagerie et en férocité, les schwarz-reiters sont les dignes émules de leurs frères des Grandes Compagnies.

Contrechamp sur Guillaume à la fenêtre, en plan américain.

LA MARCK : Fouettez-là.

Le chef flamand se tourne pour parler à quelqu'un hors du champ.

LA MARCK : Donne-le moi.

Nous le voyons prendre l'objet qu'on lui tend : un long fouet tressé.

Du haut de la fenêtre il jette le fouet sur la place. Contrechamp sur le cavalier noir qui ne retient pas Hameline. Il descend de cheval pour ramesser le fouet.

Plan rapproché du fouet sur les pavés. La main du schwartz-reiter entre dans le champ pour le ramasser.

Plan américain du reitre coiffé d'un grand chapeau à plumes (dont on ne voit toujours pas les traits) et de la femme au seau d'eau, sous les arcades.

LA FEMME (excitée) : Ils vont la fouetter!

LE REITRE : Tu as envie de voir ça?

LA FEMME (avec une moue gourmande) : Je veux!.



COULOIR DES PRISONS - INTERIEUR JOUR

Dans les sous-sols du château de Guillaume de La Marck. La camera prend le sombre et sinistre couloir en enfilade pour nous montrer, arrivant vers nous (plan moyen) trois châtelaines en robes somptueuses, coiffées de tresses torsadées piquées d'aiguilles à têtes de pierres précieuses et de diamants, et une jeune servante au minois effronté. Les quatre femmes arrivent devant les deux gardiens en faction devant le cachot où est détenu Isabelle.

Un léger zoom avant resserre le champ.

PREMIER GARDIEN (tombant à genoux) : Grâce, Madame!

DEUXIEME GARDIEN (les mains jointes) : Nous avons des ordres.

PREMIER GARDIEN : Notre maître a fait pendre nos deux camarades.

DEUXIEME GARDIEN : Ceux qui ont laissé échapper la tante.

LA CHATELAINE QUI SEMBLE MENER LE GROUPE (une femme imposante au traits énergiques, très "matrone") : Vous nous laissez entrer et cet argent est à vous.

Elle secoue un gousset de velours grenat suspendu à sa ceinture. Nous entendons tinter les louis et les ducats, montrant qu'il y en a beaucoup.

Plan rapproché des geôliers, leurs regards luisant de convoitise fixés sur le gousset.

LA CHATELAINE : Vous avez la parole de la dame de Hagenaar que la détenue ne s'échappera pas. Mais si vous n'obéissez pas à mes ordres, je vous fait fouetter pour insubordination et insolence. (avec un engageant sourire) : A vous de choisir, messieurs.

L'un des geôliers tend la main. Dame Hagenaar y dépose la bourse.

Son camarade introduit les énormes clés dans les verrous et ouvre la porte de la cellule.



REFECTOIRE DES CLARISSES - INTERIEUR JOUR

Les cloches sonnent (off) à toute volée. Nous voyons entrer (plan général) les nonnes à l'heure du déjeuner. Elles entrent en longues files disciplinées, les mains jointes et tête basse, pour contourner les tables et se ranger chacune à sa place devant son couvert. Pendant ce temps la lectrice (une nonne d'un certain âge) monte dans la chaire et s'y installe. Elle commence à dépouiller des parchemins.

Les clarisses restent debout à leur place dans une attitude de recueillement.

Plan moyen de l'estrade où est dressée la table des supérieures. Par la petite porte du fond et dans l'ombre, que nous avons déjà vue s'ouvrir, entrent en silence l'abbesse et ses adjointes. Elles ne s'assoient pas, elles non plus, mais restent debout derrière leurs chaises.

La lectrice commence à lire, d'une voix monocorde et chantant la fin de chaque phrase, un texte en latin.



PLACE DE L'HOTEL DE VILLE - EXTERIEUR JOUR

Plan moyen de la tante Hameline attachée à l'une des colonnes des arcades. L'un des schwarz-reiters lui déchire sa robe dans le dos, de la nuque aux reins. L'autre cavalier noir s'avance vers la condamnée, le fouet en main, le bras prêt à frapper.

Claaak ! ! !

La lanière balafre le dos d'Hameline qui se cabre dans ses liens en poussant un rugissement de bête.

(fin de la seconde bobine de 300 mètres)



CACHOT D'ISABELLE - INTERIEUR JOUR

Assise sur un lit de camp (plan moyen resserré), Isabelle de Croye écoute avec anxiété le bruit (off) des clés qui tournent dans les verrous. En contrechamp (plan moyen large) nous voyons la lourde porte s'ouvrir en grinçant sur ses gonds. Les trois dames de haute noblesse et la servante entrent dans le cachot.

DAME HAGENAAR (ironique) : Bonjour, Isabelle.

Contrechamp sur la détenue. Recroquevillée sur son lit de camp (plan américain serré), enserrant son buste de ses bras, Isabelle de Croye ne répond pas. Elle fait penser à un animal traqué qui observe ses bourreaux d'un regard chargé de ressentiment (pourquoi s'acharnent-ils tous après moi?) et d'incompréhension (qu'ai-je donc fait pour m'attirer toute cette haine? Moi qui n'ai jamais fait de mal à personne!)

Contrechamp sur les nouvelles arrivantes en plan moyen.

DAME HAGENAAR : C'était moi que Guillaume devait épouser, si ton arrivée n'avait pas tout remis en cause.

ISABELLE (off, petite voix étranglée) : Je n'y suis pour rien, Madame. C'est le roi de France qui a tout manigancé. Je ne veux pas... ne veux pas du seigneur de La Marck pour mari. C'est pour cette raison que j'ai été.......

DAME HAGENAAR (insidieuse) : Tu as été quoi, Isabelle?

Plan rapproché des deux autres châtelaines et de la servante qui sourient d'un air entendu.

Contrechamp sur la prisonnière.

ISABELLE (prostrée) : Vous le savez bien, Madame.

Contrechamp sur les châtelaines.

DAME HAGENAAR : Nous souhaiterions l'apprendre de ta bouche, ma chérie. (à la servante) : N'est-ce pas, Marion... ça te rappellera des souvenirs.

MARION (se tortillant d'un air faussement contrit) : Ah! pour ça oui, Madame!

DAME HAGENAAR : Fais-nous donc voir tes fesses, Marion.

Plan américain de la servante qui se penche en avant, se trousse et descend son caleçon. Ses fesses sont zébrées de coups de lanières.

Plan rapproché de sa maîtresse.

DAME HAGENAAR (ton dominateur) : Regarde, Isabelle, regarde bien... (à Marion) : Donne.

La servante (plan américain) sort de sous son tablier une palette de bois, une paddle longue d'environ soixante centimètres sur quinze de large, qu'elle présente à sa maîtresse (contrechamp) qui s'en empare et la teste en lui imprimant quelques mouvements de haut en bas..

DAME HAGENAAR (amplifiée par une contreplongée qui la fait paraître plus grande et encore plus imposante) : Guillaume t'a déjà fessée, ma chérie, et j'en ai été ravie. Mais, par mon honneur, je veux aussi te fesser de ma propre main. Pour te passer à jamais l'envie de venir chasser sur nos terres de Flandre..

Gros plan de la paddle que la châtelaine met sous le nez de la prisonnière.

DAME HAGENAAR (off) : Allez, Isabelle... les jupes en l'air... et plus vite que ça!



PLACE DE L'HOTEL DE VILLE - EXTERIEUR JOUR

Hameline de Croye (plan semi-général) subit une dure flagellation sur son dos nu. Ses hurlements s'amplifient à mesure que le cuir trace des sillons rouges sur sa peau.

L'un des schwarz-reiters la fouette pendant que son camarade regarde, les bras croisés, les jambes légèrement écartées

Gros plan sur le visage d'Hameline, déformé par la souffrance, sa bouche grande ouverte pour crier.

Panoramique filé gauche-droite montrant (plan américain), sous les arcades, le reitre et la femme qu'il a séduite. Elle se serre contre lui, en proie aux démonstrations de la passion amoureuse.

LA BRUNE AU TYPE ESPAGNOL : Viens!

LE REITRE : Ca t'excite?

LA BRUNE : Ah! c'est fou!



CACHOT D'ISABELLE - INTERIEUR JOUR

En présence de ses compagnes de la noblesse flamande et de la servante Marion, la dame de Hagenaar (plan moyen large), assise sur le lit de camp de la prisonnière, tient sa victime couchée en travers de ses genoux dans la position dite "à la maman". Elle fesse à la paddle Isabelle qui tente en vain de se débattre et pousse des cris perçants.

Fondu au rouge.



PLACE DE L'HOTEL DE VILLE - EXTERIEUR JOUR

Dans un concert de hurlements inhumains, la tante Hameline est fouettée sur son dos nu par le schwarz-reiter déchaîné. Nous entendons l'impact des coups de fouet - CLA-AC ! !... CLA-AC ! !... CLA-AC ! !... CLA-AC ! !... ponctué par les craquements du cuir neuf. Son dos est maintenant, des épaules jusqu'au creux des reins, complètement rayé et strié de boursouflures écarlates.

Fondu au pourpre.



REFECTOIRE DES CLARISSES - INTERIEUR JOUR

Plan d'ensemble du réfectoire, vu des cuisines. Sur l'estrade des supérieures (plan moyen large), l'abbesse s'empare du martinet. Elle en fait siffler les lanières.

Dans sa chaire (plan moyen resserré) la lectrice psalmodie sur un ton de plain chant un texte en latin.

Plan rapproché de la nonne punie, écroulée devant l'estrade où elle n'a pas bougé un muscle.

Sans prononcer aucune parole, l'abbesse (pano-travelling avant) fait, de sa main retournée, le signe de lui soulever les jupes. Nous entendons (off) la récitation latine de la lectrice, par moments débitée d'un ton monocorde qui fait penser aux moulins à prières des bonzes, par moments modulée sur des accents de plain chant.

Deux nonnes s'avancent (plan moyen large et suivi panoramique droite-gauche). Elles saisissent chacune une extrémité de la robe de leur soeur et la soulèvent d'un mouvement large. Nous ne voyons que l'envol immense des jupes bleues, dans un frou-frou d'étoffe dont nous entendons le bruit soyeux.

Toujours sans ouvrir la bouche, l'abbesse (plan américain serré) fait le geste de verser quelque chose.

Une soeur (en légère contre plongée) vide un broc d'eau sur les fesses de la punie (que nous ne voyons à aucun moment).

L'abbesse s'approche (pano-travelling droite-gauche, puis plan américain large en forte contre plongée). Elle lève son chat à neuf queues...

FLA-AK ! ! !

Un seul coup, après quoi elle lisse les lanières entre ses doigts.

LECTRICE DANS SA CHAIRE (off) : Elle a laissé échapper la prisonnière dont elle ava-ai-ait (chanté) la gaa-aa-aa-arde...

L'abbesse lève à nouveau le fouet.

FLA-AK ! ! !

Cette fois la punie laisse échapper un gémissement.

LECTRICE (off) : Elle regardait par la fenêtre au lieu de se concentrer suur saaaa tââ-ââ-ââ-âche...

FLA-AK ! ! !

Contrechamp sur le réfectoire en plan général. Les nonnes sont debout, en rang le long des tables, chacune devant son couvert, tête baissée.

LECTRICE DANS SA CHAIRE : Elle reçoit le juste châtiment deee seees fau-au-au-autes.

FLAK ! !... FLAK ! !... FLAK ! !... FLAK ! !... FLAK ! !...

Nous entendons (off) s'abattre les coups de fouet, auxquels répondent bien vite les cris et les sanglots de la châtiée.

Fondu au violet.



CIEL - EXTERIEUR NUIT

Un nuage arrive rapidement sur une lune aux trois-quarts pleine et bientôt la recouvre.



CHAMBRE DE LA BRUNE AU TYPE ESPAGNOL - INTERIEUR NUIT

Raccord dans le mouvement : nous voyons la lumière reculer sur le mur nu à mesure que le nuage avance et voile la lune. Dans la pénombre un lit de fer (plan moyen). La brune est couchée (côté chambre) à côté du reitre qui ronfle (côté mur).

Elle se lève précautionneusement en s'assurant (plan américain) qu'elle ne réveille pas son amant d'une nuit (il ronfle toujours).

Elle traverse la chambre sur la pointe des pieds (pano-travelling) seulement vêtue d'une camisole ultra courte.

Elle va à la chaise où le reitre a posé ses vêtements lorsqu'il s'est déshabillé pour se mettre au lit. Elle lui fait les poches (plan rapproché). Elle trouve des louis d'or. La lumière lunaire revient, le nuage est passé. Le visage de la femme rayonne de convoitise.

Contrechamp sur le lit. Le reitre fait toujours semblant de ronfler, mais il s'est tourné vers la fenêtre (plan rapproché) et l'un de ses yeux est grand ouvert. Nous reconnaissons alors Quentin Durward.

Retour sur la femme (plan américain) qui s'est approchée de la fenêtre pour mirer un louis sous la lune.

Aaaagh ! ! !

En même temps que le cri nous entendons (off) le son caractéristique d'une claque lancée à toute volée sur la peau nue.

La brune laisse tomber son louis et se cabre, son visage (plan rapproché) grimaçant de douleur.

Une succession rapide de plans américains (larges et serrés), de plans rapprochés (visage de la femme châtiée, main du fesseur, derrière de la punie tantôt se crispant, tantôt se dilatant, jambes ruant dans le vide) nous montre en léger accéléré (36 images/seconde au lieu de 24) la brune fessée de main de maître par Quentin Durward.

Quand il la repose sur ses pieds (plan moyen et retour à 24 images/seconde) elle danse d'un pied sur l'autre en frottant furieusement sa croupe incendiée.

QUENTIN (sorti du champ, off) : Habille-toi.

LA BRUNE (larmoyant, ses deux mains plaquées sur ses fesses, mais regardant son amant d'un air extasié) : Chéri!... c'est pas le moment de s'habiller.

QUENTIN (off) : Si.

Contrechamp sur le mercenaire écossais. Nous devinons (plan rapproché) à son expression concentrée, méditative, qu'il est en train de concocter un plan.

LA BRUNE (off) : Pourquoi?

Zoom filé sur une formidable gifle.

QUENTIN (off) : Parce que je te le dis.

LA BRUNE (en plan américain, se frottant la joue) : Oui, mon chéri.

Plan moyen de la chambre baignée par la clarté blafarde de la lune.

QUENTIN : J'ai besoin de toi cette nuit.

LA BRUNE (se méprenant, d'une voix enamourée) : Moi aussi...

QUENTIN : Pas pour ça.

LA BRUNE : Alors pourquoi?

QUENTIN : Pour risquer un coup où nous avons quatre-vingt-dix chances sur cent d'y laisser notre putain de peau. (Il écarte ses deux mains, hausse les épaules, et poursuit d'une voix radoucie) : Si tu ne me suis pas, je ne t'en voudrais pas, tu sais.

Il va vers ses vêtements (panoramique gauche-droite), fouille dans ses poches (plan rapproché en plongée), sort une poignée de louis d'or qu'il va poser sur la misérable table de chevet en sapin.

Gros plan sur les louis : il y en a une bonne douzaine.

QUENTIN (off) : C'est pour toi (ton légèrement sarcastique) : De toute façon je te les aurais donnés.

Plan rapproché de la brune dont le visage reflète toute une gamme de sentiments, parfois contradictoires, allant du désir à la répulsion en passant par la ruse, le calcul, l'anxiété, la tentation, l'expectative...

Elle va à la table de chevet (panoramique droite-gauche), fait glisser les louis dans sa main (plan rapproché en légère plongée) et retourne à la fenêtre où elle s'accoude, regardant la place.

Plan américain de la femme nous tournant le dos, accoudée à la fenêtre, sa camisole n'arrivant pas à masquer la base des fesses.

Nous entendons résonner une pièce de monnaie qui tombe en bas sur les pavés.

LA BRUNE (riant) : Et d'une!

Douze fois elle répète son manège. Douze fois elle jette les pièces par la fenêtre. Douze fois elle ponctue la chute du louis d'or par un strident éclat de rire de fillette.

Lorsque tous les louis ont été jetés elle se retourne (plan moyen).

LA BRUNE (d'une voix rauque) : Si tu me le demandais, j'irais me faire baiser par le diable.



CIEL - EXTERIEUR NUIT

Une masse compacte de nuages sombres avance rapidement vers la lune.

(fin de la troisième bobine de 300 mètres)

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