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Chapitre 2 : Le Synopsis
Jean-François

Chapitre 2

LE SYNOPSIS



L'intrigue a pour cadre la lutte acharnée que se livrent Louis XI, roi de France, et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, pour la suprématie dans les Flandres.

Villes prises d'assaut... Populations passées au fil de l'épée... Notables enduits de poix et brûlés vifs...

Charges de chevaliers en armures scintillantes sur fond de soleil levant en Magicolor, dans la meilleure tradition de Mario Dellamare.

Isabelle de Croye, riche héritière bourguignonne, pupille de Charles le Téméraire, refuse le mariage que son tuteur veut lui imposer. Romanesque, sentimentale, damoiselle Isabelle croit à la passion de coeur. Un mariage "pour raisons d'Etat" lui semble odieux.

Elle s'enfuit de la cour de Bourgogne, accompagnée par sa tante, Hameline de Croye.

Fuite - spectaculaire avec poursuite dans les brumes matinales au-dessus de l'Yonne - rage du Téméraire quand les fugitives atteignent l'Auxerrois et lui échappent définitivement...

Belle scène dramatique digne de Shakespeare : debout sur un mont pelé du Morvan, silhouetté à contre jour sur de noirs nuages d'orage, les premiers éclairs déchirant le ciel tourmenté, grimaçant, l'écume aux lèvres, le duc Charles brandit son poing en direction de la France et lance d'une voix qui ressemble à du sable broyé entre les deux pierres d'une meule : "Je te retrouverai, Isabelle de Croye."

Le Téméraire est énorme, gonflé, amplifié et déformé par des objectifs spéciaux : "Ah ça oui, je te rattraperai. Et ce jour-là gare à toi!"

Il s'étrangle, s'étouffe : "Quand je remettrai la main sur toi, Isabelle, c'est sur tes fesses... je peux te l'affirmer... tes fesses déculottées... tes fesses nues... que tu sentiras le poids et la rigueur de ma tutelle."

"JE TE FESSERAI, ISABELLE ! !"

"Je te fesserai à te peler la peau du derrière."

"Je te fesserai à transformer ton cul en feu de la Saint-Jean."

Les seigneurs bourguignons de sa suite l'entourent, lui prodiguent des salamalecs, des courbettes, tentent de le calmer. Et finissent par obtenir qu'il fasse demi tour.

Il est juste temps...

Une armée française forte de trois-cent-cinquante arbatétriers, cinq-cents hallebardiers, mille mercenaires suisses, deux cents chevaliers normands et picards attend la colonne bourguignonne à la sortie des reliefs volcaniques du Nivernais.

"Le fouet!" rugit le duc Charles en regagnant, furieux et déconfit, son palais de Dijon.

"Je la ferai fouetter jusqu'au sang, ma ribaude de pupille... fouetter par la mère supérieure des Ursulines bleues à qui je recommanderai de lui infliger les traitements les plus rigoureux, de l'astreindre aux corvées les plus sales et les plus rebutantes... de la soumettre à la confession publique suivie de la discipline en plein chapitre."

"Et foi de Téméraire, je tiendrai parole!"

"Droite-trois-quarts," a noté Dellamare dans la marge.

J'ai quelques difficultés à déchiffrer sa minuscule écriture penchée, si serrée que plusieurs lettres se chevauchent : "Cadrer Tommaso de trois-quarts-droite, en plan américain étroit. Puis gros plan sur ses deux poings serrés, menaçants."

Fâché avec Umberto Renzzi depuis l'incident du balcon pendant le tournage du GRIFFON, il a choisi Tommaso Cavalotti pour le rôle du duc de Bourgogne.

Lothar Grillparzer, qui incarnait un saisissant usurier vénitien dans LA COURONNE DE FER,.est pressenti pour Louis XI, s'il n'est pas retenu sur un autre tournage (sinon ce sera Milâ Menendez qui est libre de tout engagement mais soûl du matin au soir).

Parcourant le brouillon du générique, je ne peux qu'approuver la sélection de Dellamare : ce type a beau être fou comme un plein boisseau de lapins, il sait choisir les comédiens qui collent exactement au rôle. Il n'est qu'un cinéaste et rien d'autre. Mais en ciné le mec touche sa bille.

Alessandra Christopoulos (Jusztina du GRIFFON) est Hameline de Croye.

Pour Quentin Durward, il a retenu l'acteur-cascadeur australien Roy Locklin qui marche sur les traces de son illustre compatriote Errol Flynn.

Sur l'une des pages photocopiées du synopsis je lis, entre deux ratures du texte : "Ici aucun trucage : les fesses de Jussade doivent devenir vermillon, puis écarlates A FORCE D'ETRE CLAQUEES (un minimum de cent claques bien senties)."

Alors là je rigole.

Le beau merle!... En règle générale, quand le scénario spécifie que l'héroïne est fessée déculottée, sur son derrière nu, l'actrice se fait doubler pour cette scène par une strip-teaseuse professionnelle. On filme des plans généraux de la fessée; des gros plans du visage de l'actrice criant, grimaçant de douleur; éventuellement les visages choqués ou ravis des spectateurs si la correction est publique. Mais les gros plans sur les fesses claquées montrent la croupe de la doublure embauchée à cet effet. Ensuite, au montage, ces divers plans sont assemblés de façon à donner l'impression d'une action continue. Non seulement Jussade ne veut pas entendre parler d'un doublure, mais c'est elle-même qui insiste pour que ses fessées à l'écran soient toujours authentiques et même appliquées avec vigueur. Ne nous a-t-elle pas piqué une crise sur le plateau pendant le tournage de LA CAPTIVE DU SULTAN parce que Driss Yakdhân n'avait pas la main assez lourde à son goût...

Après celle que lui a collée Mario ce jour-là, devant toute l'équipe, Jussade n'en a plus redemandée pendant un bon moment. La maquilleuse était obligée de monter sur un tabouret pour lui faire le visage parce que notre jolie vedette ne pouvait pas se tenir autrement que debout.

Je poursuis ma lecture :

Isabelle et sa tante atteignent Plessis-lez-Tours où elles vont solliciter l'assistance et la protection du roi de France qui les reçoit bien et fait semblant de leur porter secours. En réalité, il leur prépare un traquenard.

Le plan de Louis XI est de livrer Isabelle à son allié Guillaume de La Marck, le féroce Sanglier des Ardennes, qui est en train d'organiser à Liège une révolte contre la domination bourguignonne.

Le roi confie les deux femmes à un de ses gardes écossais, un brave entre les braves, un dur, un mercenaire qui ne croit qu'en sa force et en son épée - et en sa lourde main calleuse quand il est nécessaire de punir une femme rétive - Quentin Durward.

L'Ecossais doit théoriquement conduire les dames de Croye auprès de l'évêque de Liège où elles seront, croient-elles, en sécurité.

En route, Quentin est trahi par son guide. Le convoi est attiré dans une embuscade. Les soldats de l'escorte sont massacrés. Isabelle et sa tante sont capturées et livrées à La Marck. Laissé pour mort sur le lieu du guet-apens, après une défense héroïque à un contre cinq, Quentin Durward part à la recherche d'Isabelle qui est tombée amoureuse de lui.

Après bien des aventures et des péripéties, Isabelle et Quentin, déguisés en marchands, parviennent à regagner la cour de Bourgogne où Charles le Téméraire, furieux du rôle qu'à joué sa pupille dans l'insurrection flamande, veut la faire fouetter, tondre et enfermer dans un couvent au règlement draconien.

Mais - happy end oblige - les seigneurs bourguignons et leurs dames prennent vigoureusement la défense d'Isabelle et s'insurgent en bloc contre cette sentence exagérément sévère. Il est finalement décidé qu'une bonne fessée, administrée devant toute la cour, sera une punition suffisante pour la belle fugueuse

Les compagnons d'armes du duc Charles, et les émissaires écossais venus à Peronne pour plaider la cause de leur compatriote, vantent à leur tour le courage et la valeur de Quentin qui, bien que mercenaire au service de la France, est issu d'une famille de très ancienne noblesse :

"Il est de la maison de Durward," annonça Crawford, "et descend de cet Allan Durward qui fut grand intendant d'Ecosse sous Malcolm Canmore."

"Oh! oh! si c'est le célèbre Durward," répartit Crèvecoeur, "je n'ai plus rien à objecter : la fortune se prononce trop manifestement en sa faveur pour que je me permette de lutter contre cette fantasque divinité. Mais j'admire combien ces Ecossais, même d'un lord à un simple chevalier, se soutiennent magnifiquement l'un l'autre."

"Ecossais, épaule contre épaule," répondit Crawford, riant de la mortification du fier Bourguignon.

"Nous avons encore à nous assurer," fit remarquer Le Téméraire, "si les sentiments de ma jolie pupille seront favorables à cet heureux aventurier."

"Par la sainte messe!" s'écria Crèvecoeur, "j'ai plus de raisons qu'il n'en faut pour croire que Votre Altesse la trouvera cette fois plus docile à son autorité que dans les occasions précédentes... Mais pourquoi le bonheur de ce vaillant soldat me contrarierait-il? Après tout, c'est à l'ingéniosité, au courage et à la ténacité, qu'il doit la possession de la beauté, du rang et de la fortune."

Ayant pris connaissance du synopsis élaboré à la hâte par Mario au cours de la nuit précédente, certainement avec le concours et les encouragements de Jussade qui, telle que je la connais, n'a pas dû s'ennuyer, je vais prendre dans le frigo une Triple blonde belge et me la verse délicatement dans le verre bombé frappé aux armes de la marque : trois cônes de houblon stylisés; Tripel Karmeliet 1679.

Je ne m'appelle pas Molenbeek sans raisons...

Maintenant il me reste à relire le roman de Walter Scott afin d'en tirer une synthèse pouvant être adaptée à l'écran.

614 pages!

J'en ai pour jusqu'à demain matin.

J'entends d'ici Régine quand elle va rentrer ce soir : "Et moi alors, je compte pour du beurre? Regarde moi : je suis Lucie de Lammermoor.

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