page précédente
CONNEXION    CREER UN COMPTE

 

Le site rose: AGRAMANT
accueille blogle forumle tchatles profilsles recits

 

Chapitre 1 : La pelle à tartes
Jean-François

Chapitre 1

LA PELLE A TARTES



Jussade m'a appelé au bigophone à quatre plombes du mat.

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais dans le monde du showbiz les décisions importantes se prennent, les projets mirifiques s'échafaudent, les contacts providentiels se nouent toujours à des heures où les gens normaux dorment au fond de leur lit - leur lit douillet, cela va sans dire.

"Claude Autan-Lara est venu me tirer du paddock au milieu de la nuit pour me lire son adaptation du COLONEL CHABERT."

Personne n'y croit. Pourtant un déclaration de ce genre produit toujours son effet.

Quatre heures moins dix, donc, par une pluie rageuse qui tambourinait contre les volets avec un fracas de grêlons : "Jean-François! Qu'est-ce que tu penses de Quentin Durward?"

"Primo : j'ai dû le lire quand j'étais ado. Je ne sais plus si ça se passe pendant le guerre de Cent-ans ou s'il s'agit de clans écossais s'étripant au son des cornemuses. Secundo : chère amie, bien que je sois toujours charmé par le son de ta doulce voix, ne pouvais-tu attendre une heure décente pour me poser cette question dont l'urgence ne me paraît pas évidente?"

"Bien sûr que non, je ne peux pas attendre!" Elle prenait sa petite voix pointue, comme si je lui avais fait un affront. "Mario est chez moi. Nous avons passé la nuit à étudier Quentin Durward. Il voudrait le tourner avec moi dans le rôle d'Isabelle de Croye."

"Et alors... qu'est-ce que je viens faire là-dedans?"

"Puisque tu es con à ce point, roupille. Je ne veux plus jamais entendre parler de toi."

Clac!... Elle raccroche.

"Qui c'est?" grogne Régine en se pelotonnant sous les couvertures.

"Jussade."

"Qu'est-ce qu'elle veut?"

"Me mettre en kilt."

"Si tu ne me laisses pas dormir, tu vas voir jusqu'où je vais te le retrousser, ton kilt..."

"Pas d'insolences, je vous prie, Madame."

Cette fois complètement réveillée, ma copine allume la lampe de chevet et se dresse sur un coude, m'offrant une vue plongeante dans le décolleté de sa nuisette vaporeuse : "Dis donc, ça serait super! Chaque fois que j'aurais envie, au lieu de m'énerver à déboucler ta ceinture... me bagarrer avec les boutons de ta braguette, à croire qu'elle est rivetée... Hop, Monsieur! le kilt en l'air... Le joujou des dames aussitôt disponible et jouant Bonnie Prince Charlie."

Joignant le geste à la parole, elle me glisse une main là où se trouve en principe ledit joujou : "Je vais me faire teindre en roux.flamboyant. Est-ce que tu m'aimerais habillée en Ecossaise, mon chou?"

"Si tu ne me laisses pas dormir, c'est sur tes fesses rondes bien tendues que je vais jouer Bonnie Prince Charlie."

Ses yeux se mettent à briller : "A la tawse?"

"Tout à fait. La tawse en cuir épais, percée de trous du diamètre d'une pièce de dix centimes. Sais-tu à quoi servent ces trous?"

"Non", ment-elle en me regardant droit dans les yeux.

Je voyais ses seins durcir sous le nylon rose transparent, les boutons rouges et pointus comme deux belles fraises.

"Eh bien je vais te l'expliquer. Lorsque la palette de cuir s'abat sur la chair molle des fesses, les trous agissent comme des ventouses. Par un effet de succion d'air, la peau est aspirée à l'intérieur de ces orifices, formant les cloques et les boursouflures que tu peux imaginer."

"Je voudrais essayer. On trouve des tawses à Paris?"

"A ma connaissance non. Mais on peut en faire venir d'Angleterre."

"Bah... Tu sais, chéri, est-ce que ça vaut la peine d'attendre, de payer des frais de port, de ne pas être certain de l'article qu'on achète par correspondance?" Elle serre l'une de mes jambes entre ses cuisses. "On aurait aussi bien fait d'aller passer un week-end à Londres." Elle me bécote l'oreille, les lèvres, le cou. "On irait à la boutique Janus, dans Soho." Sa voix se fait persuasive, envoûtante. "J'en profiterais pour faire quelques emplettes. Sur les vêtements faut voir leurs prix... Im-bat-ta-bles... Positivement imbattables, mon chou."

"Ah oui?"

"Je t'assure. Sans faire de folies, bien sûr. Je n'ai besoin que de quelques pulls de cashemire, quatre ou cinq chemisiers de soie, un costume de chasse en tweed, un manteau de voyage, un imperméable Burberrys, une tenue de pensionnaire avec blazer bleu marine, chapeau rond et jupe plissée..."

"Sans oublier la fessée en rentrant des magasins avec tes paquets."

"Bien sûr que non. Il ne faut jamais l'oublier, celle-là! Une femme a besoin de se sentir tenue pour être heureuse, tous les Jules devraient se pénétrer de cette vérité."

Sa voix devient rauque. Sa respiration s'accélère. Ses lèvres se gonflent, humides, luisantes : "Nous étrennerions la tawse, mon chéri... Une tawse toute neuve, sèche et claquante, les trous encore rèches de la découpe... Mmmmm... Où serais-je fessée, mon laird adoré? Dans un château gothique surplombant les eaux noires du loch... Ce loch où l'une de tes aïeules s'est jadis noyée à la suite d'un amour contrarié... Dans un salon sombre comme une grotte aux murs tendus de tapisseries représentant les luttes des Stuart contre Cromwell... Le cul à l'air, la petite Régine, et Flic! Flac!!... Flic! Flac!!... Flic! Flac!!... Fessée à la tawse devant la vieille châtelaine, ta grand-mère, assise les bras bien symétriques dans un grand fauteuil édouardien à dossier droit, ta tante debout à sa droite, raide comme un manche à balai, les bras croisés, coiffée en bandeaux lisses, le visage en lame de couteau, les lèvres pincées, serrée dans une robe grise de coupe monacale et une verrue poilue au menton."

Je ne pus m'empêcher de pouffer : "Je m'y crois. J'ajouterai toutefois un élément supplémentaire à ta peinture de moeurs."

"Ah! qu'y mettrais-tu donc de plus?"

"Mon cornemusier personnel. Pendant tout le temps que durerait ta fessée - et je peux te garantir qu'elle serait longue - il jouerait la marche guerrière des Mac Molenbeek."

"Oh-la-la!!" Régine roule sur moi. L'excitation la transforme en bacchante.

Elle commençait à s'empaler quand le téléphone sonna à nouveau.

"Jean-François."

"Non", soupirai-je, "ici Quentin Durward."

"Ah!" Je sentis une note de triomphe dans ce Aah, comme si, dans les négociations qui s'engageaient, Jussade était certaine d'avance d'avoir gagné. "Mario vient de me coller une fessée gratinée. Par ta faute. Je te revaudrai ça, mon petit Jean-François."

J'appuyai sur la touche micro pour que Régine puisse entendre la conversation.

"A main nue?" demandai-je.

"Non. Avec ma pelle à tartes."

"Tu avais fait des tartes?"

"Qu'est-ce que tu crois? Trois tartes. Une meringuée au citron. Une aux noix de pecan. Encore une autre aux poires caramélisées sur un lit de crème anglaise. Je n'ai jamais vu de ma vie - jamais-jamais-jamais - un bonhomme s'empiffrer comme..."

Je crus que la communication avait été coupée.

La pluie redoublait de violence dehors. Les mugissements du vent prenaient la rue en enfilade et se heurtaient, au croisement, à d'autres rafales issues des rues adjacentes.

Des tuiles, des pots de cheminée tombaient des toits.

"Ooh!!... Je... Aïe ! ! ! ... Mario!... Non!!... Pas... pas une deuxième fessée... MARIO ! !... Tu viens... Tu viens de m'en donner une... une bonne ! ! !... FES-SEE ! ! !

Le bruit caractéristique de claques sèches et rapides sur la peau nue.

Une interruption. Et la voix larmoyante de Jussade : "Jean-François?"

"Oui."

"Est-ce que Régine est à côté de toi?"

"Oui."

"Est-ce qu'elle entend?"

"Oui."

"Mario va installer... installer le combiné téléphonique... sur une chaise à côté de mes fesses... pour que vous ne perdiez rien de ma correction."

En voix de fond nous avons entendu l'inimitable accent napolitain de Dellamare : "Y jé té peux té proumettre qué tou vas t'en prendre enco' oune qué va té laissé li cul coumme oune joli pot dé la confitoure dé groseille, foi dé Mario."

"Aaaaagghh ! ! !... Ooohh ! ! !... Pitié ! !... Oh mon dieu ! ! ! ... Le fouet ! ! ! ... La pelle ! ! ! ... No-o-o-on ! ! ! ... Mes fesses... Mes pauvres fesses... MARIO ! ! ! ... Je-t'en-supplie... Rôôôô... C'est du feu ! ! !"

Le bruit de la pelle à tartes, dur, métallique, était très différent des cinglades d'un instrument en cuir, ou même d'une paddle en bois.

Régine se payait un orgasme à côté de moi.

Une fois la châtiment terminé, Mario prit le téléphone. Nous entendions Jussade geindre et pleurer à côté de lui.

"Jean-Frântzois?"

"Oui, Mario."

"Jé veux pourter Quentine Durward ou cinéma."

"C'est tout à fait ton genre. Je suis sûr que tu en feras un merveilleux film de cape et d'épée."

"Di cape, di épée y dé fessée."

"Mis en scène par toi, je m'en serais douté."

"Veux tou en faire li adaptationé cinématographico, Jean-Frântzois?"

0 commentaire
avatar