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Mister blue sky (ou le 27 ieme ciel)
Ellie

(Les aventures Délicieuses - 3)

Cela fait déjà un an, que je travaille dans une grande agence parisienne. Il y a une semaine, le chef d'agence m'a confié une étude de faisabilité pour un promoteur important. Le patron passe sur le plateau, regarde l'avancement du travail, puis s'entretient avec lui, tout en me jetant de fréquents coups d'oeil... Qu'est ce qu'ils manigancent tout les deux ?... Je ne vais pas tarder à être fixée. Le patron parti, Marius me fait signe.

Je n'ai pas envie de comprendre, je grogne :

Le mardi suivant nous avons rendez vous à la Défense. Ce matin, je suis restée un moment découragée, devant ma penderie...
Bien sur, j'ai des tenues de fille, pour les rendez vous avec mes petits fiancés, mais je n'aime pas trop porter ça, hors contexte. Toute une journée à sentir le velouté interne de mes cuisses se caresser l'un contre l'autre, les bas qui crissent, les courants d'air affolants... je vais devoir aller plusieurs fois aux toilettes, faire redescendre la pression...

Une robe portefeuille légère, ma veste en cuir, des bas, des chaussures 5 cm à bride et mon gros dossier sous le bras, je débarque du RER. La réunion à lieu au 19 ieme d'une tour plantée sur la dalle. Dans le vent de la Défense, à la sortie des Quatre Temps, je prends le temps de mettre mes lunettes de myope : mon masque de Zorro ! Sans elles, avec mes cheveux courts blonds, mes yeux bleus, mes joues, qui rougissent et mon mètre soixante, je n'ai aucune chance d'être prise au sérieux.

Nous rentrons en réunion, dans le grand bureau d'un des directeurs, qui nous reçoit avec son adjoint. Marius me présente ... je sers la main de ces messieurs costumés, cravatés, cirés, en évitant leur regard et je déplie les plans sur la grande table, autours de laquelle, nous nous installons. Comme c'est moi qui ai dessiné le projet, Marius me donne rapidement la parole pour expliquer notre proposition...
Le directeur, très directeur, prend un crayon et commence à gribouiller sur le plan tout en expliquant comment, il imagine les choses... (non mais je rêve !)
Je tends la main pour qu'il me repasse ce fichu crayon et dis le plus sérieusement du monde :

(Bzzzzzzz... ) J'entends Marius ; qui se racle la gorge. L'adjoint (gros balourd), tout rouge, retient ses gloussements derrière la paume de sa main... Bon sang, ce n'est pas comme cela qu'il fallait que je présente les choses ?

Je tourne mon regard vers le seul, resté silencieux... Il s'est reculé dans son siège et m'observe la tête légèrement penchée, d'un regard bleu ciel qui ne cille pas, au coin droit de sa bouche un petit pli se forme et s'accentue au fur et à mesure que je m'empourpre. Si seulement, il y avait la trappe d'un tunnel sous la table de réunion je me sauverai bien par là. Ma tocante frémissante s'est emballée. Je sais, qu'il le sait. Je le déteste !

Sauvons les meubles. Je ne m'en sors pas trop mal mais je suis soulagée, quand la réunion se termine. Serrage de pince, je baisse le regard sur la main chaude et sèche de Mister blue sky, qui m'enveloppe et me retient... Vite, vite, dans l'ascenseur.
Nous rentrons à l'agence. Marius  n'a pas l'air mécontent de la manière dont se sont déroulés les choses, il m'annonce que nous remettons cela dans une semaine.... Flûte !

Il y a ainsi, trois réunions, très désagréables ou je ne pourrais lever les yeux sans rencontrer le regard hypnotique de Mister blue sky, qui me fait danser d'une fesse sur l'autre.
A la quatrième réunion ; Marius est passé la veille m'avertir que je devais y aller seule. Un problème sur un chantier le retient. Je ne suis pas - du - tout - à mon aise dans l'ascenseur qui remonte la tour.

Au 19 ieme, Mister blue sky m'accueille. Dans le grand couloir feutré qui nous conduit à son bureau, j'entends sa voix grave m'avertir que son collaborateur sera absent !
Ah, ah, ah ! Très drôle ! ... Qui a programmé mon arrêt cardiaque pour aujourd'hui ?...
Je dépose mon dossier sur la table de réunion, et me glisse le long du mur, sur le siège le plus éloigné. Il s'assoie en face de moi, joint ses deux mains sous son menton les coudes sur la table et me fixe ...comme d'habitude !

J'ai décidé que cela ne me concernait pas. Je ne lui adresse même pas un regard !
Je déplie les plans et me jette à l'eau. Je parle, je parle, lui, non ! Ses mains, maintenant désunies, pianotent de plus en plus vite sur la table. La tension monte, je sens ma peur s'amplifier face à mon incompréhensible absence de volonté. La colère, dans laquelle je bascule si aisément en cas d'agression, m'est absente. Face au pouvoir de l'alchimie fantasque qui se dégage de lui, je sens bien que je ne ferai rien pour me « sauve-garder » !

Ma vue se brouille, je me recroqueville. Déjà il se penche vers moi, à moitié redressé, les deux mains plaquées sur les plans, le visage tendu et... Et le téléphone sonne !
Pchiiiiii... fin de l'apnée, je me dégonfle plaquée au mur les yeux écarquillés.

Contrarié, il quitte sa place pour rejoindre son bureau tout en ne me lâchant pas du regard.
C'est un Directeur de directeur, qui l'appelle. Sa voix, à lui, sèche au début, s'est radoucie. Ses coups d'oeil, vers moi, s'espacent de plus en plus jusqu'à ce qu'il me tourne complètement le dos pour consulter son grand agenda. Je regarde par les baies vitrée les cumulonimbus s'enfuir dans, le ciel Kenzo, fin de journée, de l'ouest parisien.

Ce n'est pas un Directeur de directeur, c'est Dieu lui-même, au bout du fils, qui me sauve !
Je prends mes affaires, en oublie la moitié, me coule jusqu'à la porte, la franchie, la referme et vite, vite, l'ascenseur...

Retour à l'agence. Grande nouvelle, nous venons de gagner un concours. je suis réintégrée à l'équipe de projet et la suite de l'affaire « la Défense » sera confiée à André... Ouiiii !

J'aime André. Chef de projet, il a la cinquantaine et m'a déjà plusieurs fois sauvé la mise. Derrière ses fines lunettes d'écailles, deux châtaignes chaleureuses. Quand une des secrétaires monte sur le plateau à dessins, un sourire fend sa barbe et de sa voix légèrement nasillarde, il entonne une de ces chansons grivoises, dont il a le secret et qui me mettent en joie.

Passage de relaie oblige, je dois assister à la réunion suivante. Encadrée de Marius et André, je suis en « absolute security ». A l'entrée du bureau du directeur, Monsieur « gros balourd » tend son bras et s'appuie au chambranle afin de me poser insidieusement une question :

Je me contente de marmonner un « à votre avis ? » tout juste poli et je passe sous son bras.
La réunion à lieu, mais je ne suis plus là.... A la sortie je vais m'écrouler sur la banquette du palier. André et Marius appellent l'ascenseur et continuent de parler.

En tournant la tête sur la gauche, je vois Mister Blue Sky qui passe à ma hauteur et remonte le couloir de sa démarche nerveuse, tout en me fixant de son regard de perforatrice. J'admire sa constance... Si en plus, il pouvait se manger l'angle de l'ascenseur à force de regarder derrière lui... L'idée me ravie et je lui envoie mon sourire  « pleine dents » tout en le fixant moi aussi. J'ai juste le temps de voir son expression changer. Son nez se gonfle et il rougit légèrement (héhé, chacun son tour) puis, il disparaît !

Dans l'ascenseur, André me coince dans un angle et avec son petit sourire malin, me demande :

C'est bien là le problème, ce « je ne sais trop quoi ! » et nous quittons la tour...

Quelques mois plus tard, un vendredi fin d'après midi, je dois, juste après un rendez vous, passer reprendre un document, à la Défense, au vingt septième, étage : grande direction.
Sur la dalle, les bureaux se vident de gens décidés, qui tête baissés, foncent tout droit vers leur weekend.
Ce n'est qu'au pied de la tour qu'une petite appréhension me rend visite...
Je suis en retard, pourvu, que l'assistante de direction m'ait quand même attendue. Je m'engouffre, prend un ascenseur qui vient de dégorger, appuie sur le vingt sept, et remonte mes bas...

Ding, vingt septième étage, la porte s'ouvre : Mister Blue Sky !...AAAAH
Mais qu'est ce qu'il fait à cet étage là, lui ? J'envoie un grand coup de paume sur le bouton de fermeture des portes, qui se referment, mais pas complètement.... Sa chaussure occulte la cellule... les portes s'ouvrent à nouveau.

Et quel bureau, une véritable apadana avec panorama... Je reprends mon souffle.
Lui, ferme soigneusement la porte à clef, la met dans sa poche, puis va regarder le ciel. Je me disais aussi, ce n'était pas assez de déveine, de tomber sur lui juste en sortant de l'ascenseur, il m'attendait en plus...! Sa voix, encore courtoise il y a peu, est maintenant sifflante. Et, quand il se retourne vers moi et me dévisage, je manque défaillir sous une vague de souvenirs salés. Je baisse la tête, piteuse....
Il prend une grande inspiration, se campe sur ses jambes, les bras croisés. J'en suis bouche bée... Ah ben voila, j'en étais sur... C'est pas possible, ça doit être gravé sur mon postérieur :

« Ici, on fesse gratis ! »

Je me réfugie, le cerveau gelé, le coeur éparpillé, sous la table de réunion encore plus grande, que la précédente. Assise sur le tapis tissé laine, les genoux dans les bras le visage dans les genoux, je suis chair de poule...
Je n'entends plus rien. Pourtant, il s'est approché, je vois ses chaussures noires, entre mes cils.

Ah, parce que là, il n'est pas en colère ? Je le regarde et rampe vers lui à quatre pattes. De toutes les façons, la porte est fermée à clef, ce n'est, en somme, qu'un mauvais moment à passer ...
Me voici, tout de même, à peine debout, en train de négocier ses prestations de service, pendant qu'il m'entraine derrière son bureau. Le prix à payer est faramineux, non ? Sous le coup de la stupéfaction, Myster Blue Sky me lâche. Les bras, la mâchoire et tout le reste lui en tombe. Ses yeux sont comme des roues de charriot et sa couleur...., rouge amarante, rouge d'aniline ? J'hésite..., pas longtemps, je cours vérifier que la porte est bien fermée à clef. (Oui, oui, tout ce qu'il y a de plus fermé...)
Je me retourne, il n'a pas bougé. Les yeux maintenant fermés, les poings appuyé sur son bureau, comme un grand dragon bossu, il tente d'endiguer la fumée qui sort de ses naseaux...

Ça va tom-beeeer.... !
Je m'approche hésitante, la gourde engourdie ... Il me relève le menton, commence par m'enlever mes lunettes qu'il plie et pose soigneusement sur la table (olala...) m'attrape par l'oreille (ouillouillouille...) et tout en s'asseyant bien droit, dans son grand fauteuil en cuir noir, de Directeur de directeurs, m'oblige à me pencher et choir en travers de ses genoux.
En un clin d'oeil, il soulève ma robe qui s'envole...

Esquimaux, Chocolats glacés..., Entracte : plus rien ne se passe.
Il m'a l'air bien ému, notre directeur...

Comme je bouge un peu, il se réveille et se met à me claquer les fesses avec vigueur.
Je respire grand pour atténuer la douleur, mais je n'ai qu'une obsession :
Va-t-il oser ?... Non, ce n'est pas possible, il ne va pas ... non,non,non, il ne va pas me déculotter, tout de même ?...  Non ?... si ?

Sa main s'arrête et je sens sur la peau de mes reins ses doigts qui viennent saisir le haut de mon ultime rempart. Je gémi dans un petit sanglot, un pitoyable :

C'est la grande fessée, dans tous ses fastes, ses raffinements et ses codes. La longue fessée, dans laquelle l'artisan fesseur met toute son application et son savoir faire, à ciseler la monté en puissance de son oeuvre....

ALALAAA... je suis en train de me faire dépasser par la douleur. Au secours, qu'on me pose tout de suite la péridurale, je vais partir en free-style  !!!
Mister Blue Sky attentif, comprend, que je frôle mon maximum et rétrograde en douceur. Petite séance de caresse sur les fesses...

De sa poche, il sort ses clefs... et ouvre la porte de son placard (ouffff)
Mais dans le placard, savez vous quoi qui gnia ?
Il y a un martinet !... Le même martinet, qui vivait chez moi, sous l'escalier, entre les pots de confiture et la planche à repasser !... Ce chevelu à queue de bois, devenu chauve en l'espace de quelques semaines, grâce au concours patient, de mes ciseaux à bouts ronds.
(Fin de la petite madeleine...)

Devant cet objet oublié, l'effroi s'infiltre insidieusement, sous le tambour de ma chamade.
Mister Blue Sky pose le martinet sur son bureau et entreprend de me disposer, comme il lui convient.
Agrippée au bord opposé du bureau, les bras tendus, la tête et la poitrine sur le bureau je dois rester debout sur mes jambes... la position du chat qui s'étire, sauf que le chat n'a pas une robe retroussée jusqu'au milieu du dos... (Mais ou est passée ma culotte, d'ailleurs ?)

50% d'augmentation directe, pour une toute petite remarque ? Les larmes, dans ma gorge, ravalées, impuissante face à l'émotion, qui me prend et me tord, je m'incline...
Au premier coup, je suis déjà à genoux sur le bureau tant j'ai bondi sous la cuisante surprise.
Retour à la case départ, je dois reprendre la position....cette fois si je m'accroche du mieux que je peux. Je grince, hoquette, soubresaute et trépigne sur place...
Ce sont des fouettés puissants, urticants comme des cheveux de gorgone...J'articule difficilement le compte... Patient, il m'attend.

Au trentième, je ne tiens plus sur mes jambes. Pincée aspirée essorée, je me laisse glisser à terre... Éventuellement, j'irai bien me réfugier derrière le caisson de l'imprimante pour me moucher...

Mister Blue Sky range son martinet et referme le placard. Il me prend doucement sous les bras, me relève, me rassure, dénoue ma ceinture et dégage mes épaules de la robe qui tombe. Il m'emmène, face à la baie vitrée, me demande de ne plus bouger quelques instants, et retourne s'assoir dans son grand fauteuil.....

Petite statuette, dans le ciel, hypnotique tableau mouvant d'écharpes filantes, je me berce et rêve, tout en haut de la tour, à ce conte de Perrault qui fait si peur :

 

Ellie C - Mai 2009

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