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Les fessées cul nu de Kröv
Jean-Jacques

Je m'appelle Franz et je suis né à Kröv, au bord de la Moselle, en Allemagne. Mon village est en plein vignoble, et sa particularité est dans le nom qu'il donne au cru local, un excellent vin blanc : Kröver Nacktarsch. Si vous ne parlez pas allemand, cela signifie : cul nu de Kröv.

En effet, sur toutes les étiquettes du vin de Kröv est représentée la même scène : dans une cave, un vigneron jovial fesse un petit garçon déculotté, qu'il tient le plus souvent sous son bras. D'où l'origine de « cul nu ».

Ce n'est pas la rondeur callipyge d'une Fanny germanique, offrant son fessier sculptural au baiser humiliant qui échoit au perdant d'une partie de pétanque. Non, c'est le petit derrière tout rond et blanc d'un garçonnet désappointé, sans doute pris sur le fait à courir entre les vénérables barriques. Parfois, sur l'étiquette, d'autres garçons sont représentés, témoins hilares encore tout habillés ou compagnons d'infortune eux-mêmes déjà déculottés. L'ensemble de la scène respire la bonne humeur, l'innocence, même. On imagine que le robuste vigneron, jadis, a subi lui aussi la fessée à cul nu et que cela ne l'a pas empêché de devenir un homme accompli.

Mais, croyez-moi, pour un garçon, la vie est pleine de mésaventures et de menues vexations dans mon village. À la fête annuelle, un personnage grand comme un géant de carnaval est exposé au milieu des festivités, figurant bien entendu un petit garçon déculotté recevant la fessée sous le bras d'un majestueux vigneron. Je me suis toujours demandé : mais pourquoi ce ne sont jamais les filles qui sont ainsi honteusement mises sur le devant de la scène, derrière à l'air, sous les regards moqueurs des témoins ? Au contraire, les fillettes semblent beaucoup s'amuser de voir la scène ainsi représentée. Et il y a de quoi.

Car ces fessées omniprésentes dans notre village ont pour ainsi dire désinhibé toutes les grandes personnes qu'un garçon est amené à côtoyer pendant sa vie quotidienne. Il ne se passe pas de jour sans que l'un de mes camarades ou moi-même soyons déculottés et bien fessés sous les regards moqueurs des fillettes et bienveillants des adultes. Les papas et les mamans déculottent sur le pas de la porte, les maîtres et maîtresses d'école déculottent en classe ou dans la cour, et les fessées crépitantes s'abattent comme des averses de mars sur les fesses nues des petits garçons, dès qu'ils sont en âge et jusqu'à ce qu'ils aient du poil au menton. Et pas les filles ! C'est injuste !

Et, pire encore, cher lecteur. Je me demande, parmi ces vignerons costauds, ces membres de l'équipe de foot, parmi les commerçants, les élus locaux, les gendarmes, mêmes, combien d'entre eux, dans le secret des alcôves, quand nulle oreille malveillante ne peut surprendre le bruit si caractéristique, attendent le coeur battant que leur épouse leur accorde leur préliminaire préféré, la fessée, une bonne fessée sur leur postérieur déculotté et offert à une main justicière...

Ne le répétez pas, mais, pour ma part, c'est la gâterie que je choisirais si toutes les fantaisies m'étaient présentées comme des desserts sur un plateau gourmand.

Et voilà pourquoi les villageois de Kröv sont aussi vigoureux, et donnent naissance à de si beaux enfants.

Amen.

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