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Le site rose: AGRAMANT
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Manon's story
Manon

La berline noire d'Agramant roule vite sur l'autoroute de Normandie. Direction Sotteville-les-Rouen. Je dors un peu ou plutôt je me délecte à révasser. Sotteville, en voilà un nom bien choisi pour aller faire ce que nous allons faire...Un concours de fessées! Entre un homme et une femme, qui dira "pouce" le premier? Mais qu'est-ce qui m'a pris? Voilà bien qui mériterait une vraie fessée! De dire "chiche", de sauter sur toutes les occasions, d'étouffer sans vergogne cette petite voix de la sagesse qui n'ose même plus élever le ton...

Agramant conduit vite et parle peu. Il m'a dit qu'il avait peur. Il est vrai que nous ne connaissons pas notre fesseur et juge-arbitre, ou bien peu. Quelques mails échangés, et puis la lecture de son site: "fesrouge". Un site bien fait, très éclectique. On y dépasse le seul domaine de la fessée et cela me fait peur à moi aussi. Mais, la curiosité, le goût du jeu, l'envie de vivre ce joli fantasme sous toutes ses coutures auront toujours raison de ma prudence. Alea jacta est...Les dés sont jetés.

Nous avons rendez-vous dans une crêperie. J'ai faim mais je n'ose pas le dire! Hier, l'imaginaire s'étant mis au service de la peur, je n'ai rien pu avaler. Mais aujourd'hui, je sais que je ne peux plus reculer. Alors, j'ai envie de savoir, de foncer.

Le Monsieur arrive. La peur renaît, massive et oppressante. Et au lieu de le regarder, je ne vois qu'un gros pull dans lequel j'irais bien nicher ma tête et lui dire c'est un jeu monsieur vous l'avez bien compris et ni l'un ni l'autre ne voulons perdre alors soyez raisonnable pour nous deux...soyez raisonnable.

Mais je n'ai pas besoin de dire tout cela. En quelques secondes, le Monsieur apaise les mauvais doutes de son sourire canaille et de son oeil malin. Il s'amuse. Il saute à pied joint sur les idées drôles et celle-là lui plait bien. Il a la babine gourmande d'un fin connaisseur et nous emmène, dans sa voiture, vers la maison d'un ami, à quelques encablures de Sotteville.

Lui aussi conduit vite. Mais il répond à toutes nos questions avec toujours cette malice au coin du regard et nous nous amusons comme des potaches allant faire une grosse bêtise.
D'ailleurs, n'est-ce pas le cas?

Dès que nous sommes arrivés, le Monsieur décide de passer aux choses sérieuses. La peur me retombe dessus. La peur du ridicule d'abord, trois adultes prêts à dénuder leurs fesses pour se faire taper dessus. La peur de me salir les yeux d'images dont je n'ai pas envie, car voir un homme fessé n'appartient pas à mes fantasmes. La peur, d'aller trop loin et d'abîmer une certaine candeur, ou de m'y blaser.

Le monsieur tire à pile ou face. Pile. C'est Agramant qui commence. Là, maintenant, je voudrais me sauver. Non que j'ai peur d'avoir mal. Non, j'ai à ce moment là le sentiment terrible de galvauder un fantasme qui n'est pas fait de ces jeux là. Mais fallait y penser avant, chère madame. Maintenant, tu assumes.

Monsieur rosit les fesses de Monsieur. Je ne regarde pas. J'entends. Dans le silence intense de la campagne normande, comme une fessée fait du bruit!

A mon tour. Je me précipite sur les genoux, inquiète et heureuse de découvrir une main inconnue. Elle est connaisseuse, onctueuse, rieuse.

Les claques tombent, elles ne font pas mal. Elles préparent, elles chauffent. Cuisson à feu lent à dit le chef. On peut à l'occasion pétrir la pâte mais tout se fait manu militari. Pas d'instrument, le fouet pour monter les lobes en braise, ce sera pour plus tard.

Alternance parfaite. Cent claques pour lui. Cent pour moi. Main droite, main gauche. On est un grand pro ou on ne l'est pas!

Tout doucement, la chaleur monte en bas de mes reins. Une bonne chaleur, pénétrante, irradiante. Mais pas question que je dise "pouce". D'ailleurs, je n'ai pas mal du tout. C'est progressif et bon. Cuite à coeur. J'aime!

A quatre cents claques, nous avons tous une pensée pour Cerise qui se voyait déjà écrites en lettres de feu dans le livre des records...Jolie dame, nous ferons mieux. Mais n'en soyez pas attristée. Prendre son pied est beaucoup plus important que de battre des records. Et puis, et puis, notre juge d'application des peines ménage ses montures...Je commence à comprendre qu'il a envie d'aller loin. Mais où? Il ne nous dit rien.

Le tirage au sort m'a privilégiée. Agramant passe en premier. Avant chaque série, je vois notre chef se détendre les mains, s'apprêter à battre la miche avec le plus grand sérieux. Résultats, je suis prise de grands fous rires. Mais peut-être aussi masquent-ils une certaine peur. Car, de séries en séries, l'intensité croit. Et si je ne regarde pas vraiment la fessée d'Agramant, j'écoute, je compte et je me prépare à ce qui va m'arriver.

Vers les huit cent claques (je ne sais plus, je n'ai pas pris de notes, ouille, est-ce que cela me revaudra...?), changement de programme. On quitte les genoux où l'on peut s'alanguir et, nous voici à cheval sur le dos d'un canapé. Là, je n'aime pas. Là, j'ai peur. Mais, chères internautes dont je n'ai pas oublié que je défends l'honneur, je ne dis rien. Pas un mot, pas un tremblement que je n'essaye de maîtriser.

Pourtant, le martinet, je le sens passer. Cet instrument me tétanise. Ces lanières qui s'abattent de façon imprécise, leur bout qui vous en font voir mille couleurs et surtout des bleues, brhh, je n'aime pas. Mais la protestation n'est pas de mise et j'ai accepté le jeu.

Puis viennent deux nouveaux instruments. Achetés en Ecosse, comme le bon whisky, une tawse et un strap. Ou bien une strap. Je ne sais pas et il me semble que mon bon vieux dictionnaire ne me sera d'aucun secours. Grandes lames de cuir, l'une coupée en deux, l'autre comme une ceinture épaisse de quelques quarante centimètres de long. La première cingle, l'autre brûle.

Le strap a tout de l'instrument dont on meurt d'envie et de peur. Il claque de son cuir sensuel et mord sans merci. Je sens les larmes affleurer mes yeux, mais que l'on ne s'y trompe pas, elles sont aussi chaudes du plaisir que de cette douleur-limite qui fait que l'on aura encore peur et encore envie.

Entre ces instruments, quelques deux cent nouvelles claques nous font arriver à ce chiffre fou de mille claques. Je n'en reviens pas.

Quoi, moi? 1000 claques? Et lui? Car, si je compte bien, lui en a donné 2000! Mais voilà, c'est lui le grand vainqueur!

Il nous dit que c'était la dose qu'il avait prévue. Il nous dit qu'il prévoyait que ni l'un ni l'autre nous ne dirions stop. Il nous déclare ex-aequo mais nous demande si nous souhaitons jouer les prolongations. L'envie de nous départager, l'envie d'un peu de rab - c'est toujours ainsi quand le chef est un grand maître - et voila que nous disons oui, Agramant et moi-même.

Vingt coups de strap. Ou peut-être seulement dix. Mais forts. Très forts.

Alors, tout simplement, parce que c'est vrai, je dis aux deux messieurs que je déclare maintenant forfait. Pouce, j'accepte bien volontiers qu'ils aient gagné. Au nom de toutes les filles qui aiment une certaine idée des hommes, au nom de toutes celles qui les souhaiteront toujours vainqueurs, je suis toute heureuse de vous dire que j'ai perdu un concours et gagné un souvenir. Un souvenir très fou, très inclassable, une de ces bizarreries que me font vivre ce drôle de fantasme. Un souvenir rangé dans le dossier inavouable de ma mémoire, dans une petite chemise couleur fessée, avec une étiquette où il est écrit: Octobre rouge. Auberge Fesse-Mathieu, commune de Sotteville les Rouen.

Et dans la chemise, j'ai glissé mon petit rapport sur cet établissement qui est un nouveau venu dans nos tests pour l'édition du Guide de la Fessée, sortie prévue janvier 2002. En voici un extrait en avant-première:

"Cet établissement propose une formule remarquablement étudiée et nous avons apprécié la succession de tous les plats, plus épicés les uns que les autres. Il y a là véritablement une main de Maître et cela mérite incontestablement notre plus haute distinction: les trois martinets d'or. Maintenant que nous connaissons le menu-dégustation, c'est avec plaisir que nous reviendrons découvrir les autres spécialités. Nous voudrions toutefois signaler une petite ombre au tableau: le confort des chaises. Nous sommes ressortis avec un terrible mal aux fesses qui a duré plusieurs heures. Si d'autres personnes éprouvaient les mêmes sensations, qu'elles n'hésitent pas à nous le signaler, nous nous verrions dans l'obligation de sévir et d'ôter un martinet à ce jeune chef pourtant plein de promesses."

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