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Quand Iris devient voyou, vous saurez tout ... !
Iris

En matière de fessée sur la voie publique, puisqu'il vient d'en être question à travers la suggestion d'Adrien pour les excés de vitesse, il y a parfois dans la vie réelle des occasions inopinées, des chances à saisir qu'on ne saisit pas toujours, ce qui peut laisser rétrospectivement quelques regrets ... Voici l'histoire réelle qui m'est arrivée il y a relativement peu de temps et n'a pas manqué de laisser une forte empreinte dans mon imaginaire, faute de m'en avoir laissé une sur les fesses ! Ecoutez bien :

"ça y est, cette fois on vous y prend et vous allez y avoir droit !"
Aucun doute possible, j'ai beau prendre un air innocent et même hébété, mon air de Bécassine, tourner mon regard vers le passant de droite, puis vers celui de gauche, c'est bien à moi et à nul autre que ces paroles s'adressent, incisives et sans ambages, en plein coeur de Paris, sur le trottoir d'un quartier animé qui jouxte le bois de Boulogne . Le ton est rogue et sans clémence aucune. Je sursaute, j'aimerais prendre mes jambes à mon cou ou disparaître dans un trou de souris, mais impossible ... Deux hommes balaises et baraqués ont surgi de façon inopinée et voilà qu'ils m'enserrent, et moi je voudrais m'enfuir, prendre le large, leur échapper, un peu comme ces ados qu'on voit dans les trains de banlieue, prêts à sauter à n'importe quel prix sur les voies quand surgit le contrôleur et qu'ils n'ont pas de billet... Je n'ai qu'une idée : me dégager de cette emprise, mais les deux hommes sont taillés pour impressionner avec leur carrure de déménageurs, pas moins de 1,90 M et moi, avec mes 1,58 M, je ne fais pas le poids ... Et puis l'un d'eux brandit sa carte comme un étendard et me la met sous le nez d'un geste menaçant, tandis que j'ai juste le temps de voir se confirmer ce que déjà j'ai deviné "Agent verbalisateur de la ville de Paris".- Ceux-là, je les connais déjà pour avoir passé un mauvais quart d'heure avec eux l'an passé et écopé ensuite d'une amende de 70 euros, le pire est qu'ils surgissent inopinément et que rien ne permet de les identifier à l'avance tant leur tenue vestimentaire est celle de monsieur tout le monde ...
J'ai les jambes qui flageolent, le souffle coupé, déjà la journée a été dure, comme celles que chacun peut connaître après une nuit presque sans sommeil où l'on part au travail tel un automate sans même prendre le temps d'absorber une goutte de café et où, le soir, on remercie le Ciel parce que tout n'a finalement pas été de travers et qu'on s'en est étonnamment bien sorti !
De plus tout est bien qui finit bien : là je sors juste de la banque où je viens avec soulagement de récupérer ma carte visa que, par distraction, j'avais laissé s'engloutir le matin même dans le distributeur . Alors, soulagée mais rompue de fatigue, je n'ai plus qu'une envie, celle de regagner ma tanière et de m'affaler sur un divan ! Et pourtant deux hommes sont là qui me demandent de répondre de mon acte ... De quel acte ? Non, je n'ai pas de complices cachés avec lesquels j'aurais tenté le hold-up de la banque, je ne m'en suis pas pris au porte-monnaie de la dame âgée devant moi ni n'ai pincé les fesses du vigile qui assure la sécurité , au sortir de la banque je n'ai pas craché par terre, comme on voit si souvent le faire de façon plutôt répugnante ... Alors quel délit ai-je bien pu commettre ? Vous allez vite le comprendre et en saisir toute la "gravité" !
-"Vous connaissez la loi, oui ou non ?" attaque l'un des deux hommes en se saisissant de la manche de ma veste et me toisant d'un air glacial, tandis que son collègue pointe l'index sur le bitume où deux pigeons rouquins, hélas vite rejoints par leurs congénères, commencent à picorer avec une extrême conscience les petits bouts de madeleines que je n'ai pas pris le temps d'émietter et les barres protéinées destinées aux "petits creux" de la journée que je leur ai généreusement mais machinalement lancées parce qu'ils me donnent toujours le sentiment de crier famine ...Et, dans nos grandes cités urbaines, les graines, ça pousse pas sur le bitume !
- "La loi? euh ...euh... "
Je ne dis ni oui ni non . La loi, nul n'est censé l'ignorer. D'ailleurs leur loi, celle dont ils veulent parler, oui je la connais par coeur, tout en la bafouant sans aucun scrupule et en toute bonne conscience, puiqu'il s'agit d'un geste de compassion et d'entraide pour le maillon faible de la création, ces oiseaux boucs-émissaires qui souvent forcent mon admiration tant ils sont dégourdis en dépit de leurs pattes réduites à l'état de moignon ! Et puis, depuis toute petite, j'ai toujours eu un faible pour les sans-défense, les plus vulnérables, ceux qu'on a envie d'aimer parce que précisément personne ne les aime ! Simplement depuis que je me suis fait pincer l'année dernière en parsemant des graines et ai failli passer la nuit au poste, j'essaie habituellement de le faire à l'abri des regards et en catimini !
- Vous savez combien ça va vous coûter ?
Je hausse les épaules et feins de n'en avoir pas la moindre idée ....
- 700 euros, chère Madame, comme ça vous comprendrez !
- 700 euros, 700 euros, ah non, l'année dernière, j'en ai payé 70 !!! ,
Franchement ça ne peut pas être multiplié par 10 en un an, sur un ton presque aussi péremptoire que le leur, j'objecte qu'ils doivent se tromper car si cela était, en ce temps de crise, il faudrait à la plupart des gens verbalisés au moins 70 mois, voire 700 mois pour parvenir à s'acquitter du paiement !
J'ai repris du poil de la bête, la polémique commence à se durcir, les hommes baraqués semblent ne pas avoir apprécié ma dernière remarque et ont compris que, par surcroit, ils ont affaire à une récidiviste, la race la pire à l'égard de laquelle il faut vraiment et définitivement sévir ...Alors est-ce leur mine menaçante ou le ton tonitruant pour exiger une pièce d'identité sous peine de finir la soirée au poste de police ? En tout cas il s'est formé un petit attroupement autour de nous, tandis que chacun y va de son grain de sel . Dans un état second et en l'espace de quelques minutes je perçois un obscur discours où il est question en vrac de risques sanitaires, de germes et virus invisibles, du respect dû aux monuments et des dégradations subies à cause de la gent pigeonne et des "nourrisseurs", des toitures crevées et des gouttières percées sur Notre-Dame de Paris et la Conciergerie en passant même par le château de Versailles, des nuisances et déjections qui coûtent cher au contribuable ...
- "C'est dégueulasse, les pigeons !" dit une bonne dame aux cheveux gras et vernis écaillé ...
- "Ca donne des maladies pulmonaires et des risques de grippe aviaire!" renchérit une autre à qui j'ai envie d'objecter que, depuis Roselyne, on a des masses de vaccins en rab qui pourraient bien faire l'affaire !
- "Il faudrait tous les capturer ou les euthanasier !" objecte une troisième aux cheveux noir corbeau à qui je meurs d'envie de rétorquer qu'un jour peut-être elle subira le même sort !
- " Ce sont des rats volants qui saccagent nos plus beaux monuments ! Les nourrir, c'est un acte d'incivilité qui mérite une lourde pénalité !"
Trop, c'est trop ! D'autres intervenants du trottoir ont beau, par conviction personnelle ou pour tenter de me venir en aide, évoquer la place St Marc à Venise et ses pigeons millénaires qui cohabitent en toute sympathie avec les touristes nourrisseurs, l'oiseau messager porteur de paix, la nécessité de restaurer les pigeonniers etc . A dire vrai, je n'en peux plus, je n'ai plus qu'une envie : c'est d'en finir au plus vite avec cette polémique dont je suis bien involontairement la cause, j'ai un métier que j'exerce dans le quartier et qui ne me permet pas d'être épinglée, ce n'est pas tant de mes démêlés avec les forces de l'ordre dont on se ferait les gorges chaudes, mais plutôt de mes activités de nourrisseur clandestin qui, de l'extérieur, peuvent paraitre l'indice d'une personnalité un peu marginale et déjantée ! Aussi je m'apprête à capituler, sortir la pièce d'identité exigée, quand l'imprévu se produit : deux messieurs d'âge mûr, ayant visiblement suivi toute la scène un peu en retrait, font brusquement irruption dans l'arène, tels des médiateurs du Ciel... Le premier, qui a le verbe haut et se dit membre du barreau, interpelle les agents en rappelant que leur mission, c'est d'assurer la sécurité et que celle-ci n'est nullement mise en péril par les pigeons de Paris, même en nombre, et par leurs nourrisseurs . Ensuite on n'agresse pas de cette façon une femme mue par des intentions compatissantes en brandissant des menaces pécuniaires et pourquoi pas pénitentiaires, c'est un dévoiement de la loi...!
A ce moment se produit l'impensable : le second monsieur, qui jusqu'à maintenant avait gardé le silence, s'écrie : " ah, mais, il lui faut quand même une petite sanction à la dame et si le remède, c'était une bonne fessée ...? Oui, j'ai bien dit une fessée ! répète-t-il en prenant à témoin un à un les membres de la petite assistance qui s'apprêtait à se disperser et dont les yeux se mettent à s'écarquiller et à pétiller . Menacée d'une fessée en pleine rue devant des passants que je risque de rencontrer désormais à chaque coin de rue pour peu qu'ils soient fréquentateurs habituels du quartier, au marché, à l'église, au lycée...Me voilà morte de honte , même si en mon for intérieur le mot-clé a fait tilt et commence fort à me troubler, mon sang ne fait qu'un tour : j'imagine déjà en pleine rue ma jupe retroussée, mes fesses mises à nu, les claques qui s'abattent en rafales , la jubilation de mes supérieurs et subordonnés, tous habitués du quartier, devant mon postérieur flamboyant et exposé à leur regard voyeur autant que gourmand ... Non, décidément je préfère l'amende, 700, mille euros, peu importe ...Les deux agents écarquillent les yeux, visiblement la perspective les émoustille, même si la tournure prise par les évènements semble quelque peu les déconcerter et les déposséder de leur pouvoir décisionnaire, en tout cas ils ont perdu toute agressivité ...
"Filez !" me dit l'homme qui a suggéré le châtiment " Filez vite et, pour la fessée, sachez que, la prochaine fois, c'est moi qui n'hésiterai pas à m'en charger !" Je ne me le fais pas dire deux fois, je file tout droit, je l'ai échappé belle et pourtant je sais que je récidiverai... Aucune loi ne me fera fléchir et je plaiderai toujours en faveur de ces joyeux bandits volants qui, sur le rebord de mes fenêtres, se moquent bien de ma fessée à venir et continuent à roucouler, pleurer, crier famine et chanter leur gratitude ...

2 commentaires
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Iris

Ouhhh ! J'ai eu chaud aux fesses ! :-P

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Délichieuse

Et ben alors Iris... On se lâche ? :-P