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Sur l'écran noir de mes nuits blanches
Blandine

Sur le tchat, il a demandé asv? Comme d'habitude, elle a répondu: " 34 ans, femme, Paris ". Puis, à son tour, elle a questionné. Alors, il a écrit: 40 ans, homme, Paris.

Tous les soirs, quand la nuit devient opaque et que la maisonnée dort, elle vient tromper sa solitude auprès d'autres insomniaques. Ils sont hommes et se disent femmes, elles sont femmes et se disent gamines, ils trichent leur vie derrière leur écran protecteur. Elle s'en moque, fascinée par ces réponses qui viennent de partout, instants d'illusion où chacun vient vivre ses impossibles rêves.

En quelques semaines, elle s'y est faite un prénom et quand elle arrive, les fidèles la saluent. Alors, ça lui fait chaud au coeur.

Mais ce soir, elle est triste. Elle a envie que quelqu'un la prenne "pour de vrai" dans ses bras, l'allonge sur ses genoux, lui donne une fessée. Elle voudrait une fessée terrible comme au temps où son papa l'aimait, elle voudrait une fessée qui lui fasse mal là où cela fait du bien et du bien là où ça fait mal. Elle voudrait...

Elle chuchote avec lui depuis longtemps déjà. Il lui a demandé de raconter les fessées de son enfance et la fessée qu'elle aimerait maintenant. A l'abri de son écran 17 pouces, alors qu'un nouveau jour a commencé depuis quelques heures déjà, elle se laisse aller.

A-t-il saisi son désir, lui, l'inconnu? Il lui a demandé "Tu en veux une, tu en veux une, maintenant?" Et il a ajouté: "On peut se rejoindre. Je suis seul en ce moment. J'ai un appartement..."

Elle marche dans la nuit et le froid pour y arriver. Il n'y a plus de métro. Elle sonne. Il ouvre. Elle ne le voit pas, c'est trop flou, elle a trop peur, elle veut qu'il la frappe tout de suite, elle n'est venue que pour ça, elle veut une fessée, une immense fessée.

Il lui ôte son manteau, il la bouscule, il l'entraîne vers le lit. "A genoux". La voix résonne dans ses oreilles. Elle s'exécute. Il la couche sur lui, la déshabille sans ménagement. Et tout de suite, il la frappe fort, vite, sèchement. Elle l'entend vaguement lui dire: "Vous êtes folle, vous êtes vraiment folle".

Il la bat de plus en plus fort et cela fait mal au fond d'elle-même. Elle ne dit rien, elle veut une fessée punition. Vrai, elle est folle. Il a raison. Comme c'est bon.

Elle devine comme dans un rêve qu'il a sorti un martinet. Elle n'y avait pas pensé. Elle se dit: martinet, ceinture, canne anglaise peut-être.

La peur l'envahit. Elle se sent trembler. Elle serre très fort ses petits poings. " Bien fait, bien fait pour elle ". Elle répète cela dans sa tête, comme quand elle était petite.

Ceinture. Après le chuintement des lanières du martinet, le bruit plus mat de la ceinture. La morsure sur la peau, la brûlure dans les chairs.

Elle s'entend crier, incapable de supporter la douleur. Mais il n'arrête pas. Maintenant qu'il a démarré, c'est comme une drogue. Oui, elle en est consciente dans sa tête, c'est pour lui comme une drogue. Voir ses jolies fesses se tortiller, voir ses jolies fesses rougir à l'extrême, voir ses jolies fesses se zébrer de honte.

Elle est en larmes. Accroupie à ses genoux, engourdie de douleur. Et pourtant, elle voudrait être encore frappée, être encore lacérée et toujours résister.

La comprend-t-il une nouvelle fois sans qu'elle ne parle? "Ce n'est pas fini" dit-il. Il lui met ce qui doit être un masque noir, elle crève de peur. Elle entend le bruit strident d'une sonnette, il va ouvrir une porte. Des mots lui parviennent: "Tu vas pouvoir la fesser autant que tu veux, elle ne demande que ça".

Blottie dans sa peur, elle n'entend pas de réponse, ou de simples brouhahas, mais sent qu'on la tire par les cheveux, et la jette à nouveau sur le lit.

Des claques infernales viennent s'abattre sur ses fesses déjà meurtries. Ca pénètre au fond du corps et c'est si fort qu'elle craint de hurler. Et quand les claques s'arrêtent, un martinet, plus mordant, plus cinglant, vient battre ses flancs, ses cuisses, partout où cela fait mal.

En même temps, elle se sent transportée au temps des fessées de son père. Elles faisaient très mal mais elle savait qu'il s'arrêterait. Mais lui? Mais eux? Combien sont-ils? S'ils étaient fous? S'ils la battaient à mort? Personne ne sait où elle est.

Oui, personne ne sait où elle est. Cette peur devient panique et la fait sursauter.

- - -

L'ordinateur est toujours allumé, sur la page du noir et orange du tchat. Elle a froid. Le chauffage n'est pas suffisant dans son petit bureau, sous les toits. Elle a envie d'une grosse fessée, au moins pour se réchauffer.

Il faut qu'elle aille se coucher. Pourquoi va-t-elle toujours si loin dans ses rêves? Osera-telle un jour? Voudrait-elle être fessée aussi fort? Quelqu'un saura-t-il doser le plaisir au point de la battre ainsi et que ce soit toujours sur le fil de cette imperceptible limite où cela fait du bien que cela fasse mal.

Elle a faim de ce plaisir dans ses reins et dans son coeur. Elle sait ce qu'elle aimerait: que lui, lui qui dort si bien, la mette sur ses genoux et lui donne une fessée. Une fessée juste pour lui dire qu'il l'aime pour ce qu'elle est : une gamine qui sait mieux rêver que vivre.

© 2003

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